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N comme nature

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Bonsoir les Amis,

Voici venu le temps d’aborder la lettre N. Au départ, je me sentais peu inspirée, j’ai donc failli juste vous écrire NON. Comme : non je ne souhaite pas écrire aujourd’hui. Or ma nature profonde a ressurgi. Celle qui me pousse à tenir mes promesses. Celle qui aime tant me laisser écrire, toujours plus. Chaque jour. Jamais un jour sans…

Elle est là devant moi, étendue à mes pieds, autour de moi, au-dessus de moi. Ou n’est-ce pas plutôt moi qui suis à ses pieds ? Elle est là, partout, elle me happe. Or il m’arrive parfois de ne pas la remarquer, de la négliger, peut-être même de l’égratigner un peu.

La Nature. Celle qui me survivra. Qui nous survivra tous. D’où je vous écris en ce moment, elle est de couleur verte, silencieuse. Malgré tout je perçois ses mots muets, indicibles. Dans le bruissement léger des grands arbres qui forment une ronde autour de moi, je crois entendre le message suivant :

Respecte moi.

Cette nature, je la vois m’observer tandis que je noircis les pages de mon carnet pour partager ce moment avec vous. Elle me lance des œillades par les ombres qu’elle fait passer sur moi. Comme pour me rappeler qu’elle existe bien, qu’elle est toujours présente et plus forte que tout. C’est elle seule qui domine. Je me plie à son exigence. J’écris en silence, enfin presque, avec juste un fond de Tchaikovsky et sa Valse des fleurs dans les oreilles, cette musique se prête tant à ce texte et ce contexte d’écriture en extérieur… Cette nature, je la raconte, je témoigne de sa présence immense et puissante. J’en profite pour la respirer à pleins poumons. Je m’imprègne d’elle, je m’emplis d’elle. Je l’enregistre visuellement. Elle m’apaise.

Ainsi grâce à elle, je prends aussi conscience de ma propre nature. Celle profondément enfouie en moi. Celle qu’il ne faut pas négliger non plus. Celle que chacun d’entre nous doit écouter et respecter également.

Les attentes sont donc communes.

Ne jamais rien faire contre nature

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M comme Mot

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Bonsoir les Amis,

La lettre M m’évoque immédiatement Mot.

Le mot est un des premiers indicateurs d’évolution dans notre vie. Vers l’âge d’un an environ, chaque enfant prononce son premier mot. De manière souvent chaotique mais avec beaucoup de fierté, surtout pour son entourage. Pourquoi accorder autant d’importance au fait que ce premier mot, toujours difficilement articulé, soit  Maman plutôt que Papa, ou l’inverse ? Ce qui signifie bien que dès le plus jeune âge, on associe, évalue, mesure les sentiments au travers des mots. On en oublierait presque les efforts de l’enfant sans doute incommensurables, pour parvenir à cet exploit : évacuer de sa petite bouche un son sensé et compréhensible.

Quand j’observe les lettres tricotées, entremêlées, je vois se former une dentelle de mots.  Ces mots eux-mêmes assemblés deviennent des phrases qui juxtaposées constituent des histoires. Des histoires de vies. Ces mots peuvent être doux comme la soie, moelleux comme l’ouate, délicats à l’oreille ou tels une caresse à l’âme. Ils peuvent être encourageant, empreints de fierté ou d’admiration. Cependant ils peuvent aussi prendre parfois l’aspect de lames. Blessantes, coupantes, perçantes. Ces mots cruels qui broient, réduisent en miettes et anéantissent.

Les mots peuvent être ronds et généreux comme froids et secs. Ils revêtent différents costumes. Selon comme ils sont utilisés les mots peuvent être chargés de sens dissemblables et alors ils deviennent interprétables. Et pourtant, chacun d’entre eux possède une musicalité propre et unique.

Chaque mot a une importance fondamentale, une signification, un rôle. Un mot à la place d’un autre et le monde peut s’écrouler. Un mot maladroit ou mal employé, un mot de trop ou de moins peut tout faire chavirer. Parfois, il existe un avant et un après ce mot. Imaginez ce bref instant où l’on sent que tout bascule. Avec un seul mot parfois. Ce mot qui émane de vous ou celui qui vous est adressé. Ce mot cinglant ou tendre. Ce mot qui transformera votre vie. Qui vous changera. Celui qui fera que vous ne serez plus jamais la même personne qu’à la minute précédente. Parce que désormais vous savez ou avez révélé. 

Parfois les mots sont difficiles à exprimer ou à entendre. Ils semblent trébucher dans la bouche ou dans l’oreille. Parfois on les entend sans les écouter. Parfois on les écoute sans les comprendre. Ils s’immiscent malgré tout en nous. Parfois on ne les dit pas. Parfois simplement ils manquent.

Puis parfois on les retrouve et ils finissent par surgir.

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L comme Lire

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crédit photo @Tim Macpherson

Bonjour les Amis,

Voici comme promis, arrivé le moment de vous écrire sur la lettre L. Quoi de plus naturel pour moi que de choisir le mot LIRE ? Je vais vous l’expliquer et me dévoiler un peu…

Petite, je ne savais pas encore lire que déjà je rêvais d’en être capable. Pourquoi allez-vous me dire ? Parce que pas un soir depuis ma plus tendre enfance, ma mère ne me coucha sans me raconter une histoire. Elle me la lisait, assise au bord de mon petit lit, tandis que je l’écoutais attentivement, affectueusement, enveloppée dans mes draps. Mon doudou dans les bras. C’était peut-être même l’un de mes moments préférés de la journée. Ecouter l’histoire du soir. J’entends encore le bruit des pages qu’elle tournait tandis que j’attendais la suite avec impatience. Mon souffle se coupait. Elle y mettait le bon ton. Elle y donnait de l’élan, du relief. C’était si bon ! Je garde de vagues souvenirs de tentatives de négociations pour obtenir sa clémence et m’en conter une seconde.

Certains soirs, ma mère ne prenait pas de livre entre ses mains. Pas de bruit de pages tournées. Mais toujours la même impatience et attention de ma part. Ces soirs là étaient particuliers. Elle INVENTAIT l’histoire. J’étais sidérée. Mon imaginaire n’ayant aucune illustration sur laquelle s’appuyer, il bouillonnait intensément. Il se déployait avec force. Je parvenais à voir nettement les animaux sortir de sa bouche. Les personnages prenaient vie par sa voix. Leurs aventures étaient bien réelles et les émotions palpables. Le plus délicat pour elle était le lendemain, lorsque je lui suppliais la suite, dont elle avait parfois déjà oublié le début.

Puis un jour, c’est arrivé. J’ai su lire. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir mes premiers albums, mes premières bibliothèques rose et verte, les contes, puis les fables de la Fontaine à l’école, et tant d’autres ouvrages encore. J’ai enfin compris ce que ma mère nous racontait de sa propre enfance.

« Petite, j’étais capable de lire tout le temps, partout, quels qu’étaient les bruits environnants, les personnes autour de moi. Je faisais abstraction de tout, j’entrais dans ma bulle. »

Et alors plus rien d’autre que ses héros de papier n’avaient d’importance. Et moi de l’imaginer assise sur une chaise près de la fenêtre dans le séjour chez mes grands-parents… Ma grand-mère avait également un attrait particulier pour la lecture, même si l’époque et sa vie bien remplie lui laissait sans doute moins le loisir de s’y adonner.

J’ai aimé cette nouvelle expérience, cette découverte de pouvoir déchiffrer les mots sur le papier et pouvoir en comprendre le sens. Puis en grandissant, j’ai aimé prendre conscience que je pouvais souscrire à ma propre interprétation des mots. J’ai réalisé que leur lecture ne résonnait pas forcément en moi de la même manière que chez les autres. La lecture donne lieu à débats, à échanges. J’ai appris à aimé les mots. A tel point que j’ai même aujourd’hui développé une sorte d’addiction à toutes formes de dictionnaires. Analogique, étymologique, de synonymes, de combinaison…

Depuis, je n’ai jamais cessé de lire. Chaque jour. Même un court moment. Voire un instant. N’importe où. Lire me fait voyager, rêver, réfléchir. Parfois me bouleverse. Mais presque toujours m’emporte. M’envole.

La boucle semble être bouclée, car moi-même j’ai réussi à donner ce goût de la lecture à mes propres enfants. Il ne faut pas succomber aux idées reçues que les jeunes ne lisent plus. Preuve en est que le marché du livre jeunesse se porte plutôt bien. Or il est vrai que ce goût pour les livres doit être incité, provoqué, défié puis bravé. Comment un enfant peut-il aimer lire si jamais aucun livre ne lui a été déposé au creux des paumes comme un trésor ? Si il n’en n’a jamais entendu le bruissement du papier ? Jamais senti l’odeur de l’encre et parfois de poussière ? Si jamais un livre n’a franchi son univers familier ? Il faut créer l’envie avant l’entrée à l’école. Sans quoi, cet objet initialement source de ravissement pourrait vite se transformer en simple outil pédagogique qui perdrait de sa saveur. La transmission du plaisir de la lecture est nécessaire à condition qu’elle soit vécue dans le partage et le consentement. Et non comme une contrainte.

Rapidement lire m’a également donné envie d’écrire. Dès mon plus jeune âge. J’ai alors là aussi trouvé une nouvelle forme de satisfaction, mais encore insatiable car elle grandit un peu plus chaque jour. Pour qu’elle soit absolument comblée, elle implique un temps dont je ne dispose pas encore suffisamment. Pourtant j’aimerais tant :

Lire pour écrire. Ecrire pour être lue. Etre lue pour écrire…

En attendant, je n’ai qu’un dernier mot à écrire : Merci maman !

Très bientôt chers Amis, je vous parlerai d’un livre que j’aime beaucoup. Un éloge de la lecture pour faire suite à ce texte.

Bonne lecture à tous.

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K comme l’histoire de Kim…

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Bonjour les Amis,

Il est temps de vous présenter cette lettre K. Elle ne me faisait pas vraiment kiffer, je dois le reconnaître. J’ai donc trouvé une nouvelle manière d’aborder une lettre de l’alphabet. J’espère qu’elle vous fera plaira ! et voilà :

Ce soir devrait être celui de la réconciliation. Kim le souhaite vraiment. Elle a décidé de laisser une dernière chance à son compagnon. Les kyrielles de mots méchants et d’injures que lui a crachées Kyllian au visage lors de leur dernière rencontre tournent encore en boucle dans sa tête comme un kaléidoscope de souvenirs pénibles et douloureux. Qu’a-t-elle donc fait pour mériter ça ? Aurait-elle un mauvais karma ? La jalousie maladive de Kylian devient de plus en plus difficile à vivre. Quoi qu’elle fasse, regarde ou dise est source de dispute entre eux. Originaire de Kyoto, Kim est arrivée à Paris il y a deux ans pour suivre les cours de Khâgne après ceux d’Hypokâgne. Elle a rencontré son petit ami qui étudiait la médecine, spécialité kinésithérapie. Depuis près d’une année ils vivent une relation amoureuse conflictuelle. Kim est tombée sous l’emprise du jeune homme. Au fil du temps il a montré son vrai visage en devenant de plus en plus intolérant et verbalement violent.

Or ce soir, la jeune femme est confiante. Ils ont rendez-vous tous les deux. Elle est persuadée qu’enfin Kylian tiendra ses promesses de ne plus s’emporter de la sorte. Elle veut lui plaire. Elle espère être aussi séduite en retour.

La jeune femme se rend dans la salle de bains pour se préparer. Tandis qu’elle fait couler l’eau chaude, elle ôte son peignoir de soie forme kimono en le laissant glisser sur le carrelage froid. La buée envahit déjà le miroir carré et ne lui laisse pas le temps d’observer ses yeux cernés et son teint pâle. Kim entre dans la douche et l’eau dégouline maintenant le long de son corps. Elle ferme les yeux et reste ainsi longtemps sans bouger. Son corps devient bouillant sous la température élevée. Ensuite, séchée et les cheveux encore humides, de sa main gauche elle tire légèrement sa paupière vers l’extérieur tandis que de l’autre main, elle dessine un long trait fin de khôl au bord des cils. Elle souligne ensuite le deuxième œil. Le kaki de ses pupilles en est rehaussé et profond. La forme en amande de ses yeux accentuée. Un soupçon de blush sur ses pommettes hautes, une jolie robe d’un camaïeu de bleus et des talons plus tard, elle est prête.

Elle attend Kylian en fumant une cigarette devant la fenêtre entrouverte du séjour. Alors qu’elle observe la rue elle le voit arriver au volant de sa Kia. Kim écrase  instantanément son mégot dans le cendrier, attrape son sac à la volée, claque la porte et dévale les deux étages. Déjà elle entend le coup de klaxon de Kylian, impatient.

-Dépêche toi ! Tu faisais quoi ?

-Okay, okay, ça va !

Kylian démarre en trombe, Kim a le cœur serré jusqu’à ce qu’enfin il la regarde.

-Tu es jolie ce soir. Son ton s’est radouci.

-Merci, souffle-t-elle.

-Je te kidnappe pour boire un verre dans un endroit sympa ma belle.

Quelques kilomètres et minutes plus tard, les amoureux sont attablés devant un kir royal au kiwi. Le bar est bondé, lounge, empli de musique, de sourires et de visages connus. Kim se détend autant que Kylian se renferme sur lui-même. La jeune femme en prend tout à coup conscience. Son cerveau se met en veille, s’agite, évalue, analyse. Elle réalise avoir discuté avec des amis rencontrés sur place. Avoir ri. Juste ri. Échangé des paroles et des regards aussi. De simples regards. Celui de son compagnon est devenu noir, sa mâchoire  crispée, les jointures de ses doigts blanches. Les amateurs de karaoké continuent de distiller des fausses notes mais Kim ne les entend plus. Son estomac se noue, ses paupières deviennent piquantes, son sourire est tombé aux commissures de ses lèvres.

Puis un ras le bol. Un flash, un déclic, du courage, un réflexe de survie. Conscience ou inconscience. Kim se lève, marche mécaniquement vers la sortie et hèle un taxi. Pas de métro ce soir. Besoin d’être seule. Vite. Chez elle.

Elle s’effondre sur le canapé. Soulagée mais angoissée. Fière mais honteuse. Souriante et en larmes qu’elle essuie à l’aide d’un kleenex. Mais elle l’a fait. Elle a surmonté ses craintes. Elle a anticipé le danger. Elle a repris sa liberté avant qu’elle ne soit entravée. Elle ne sera plus sous emprise. L’amour ne se crie pas, il se prouve. Elle résistera. Un peu plus tard, la sonnerie de son téléphone portable retentit. Son cœur bondit, sa main tremble mais sa décision est irréversible. Elle décroche.

-Allo ? Kim ? Qu’est-ce que tu fous ? Rugit Kylian.

L’esprit de la jeune femme s’embrouille. Elle s’entend répondre, perdant de sa superbe :

-Kylian, tout va bien, c’est juste un quiproquo.

A l’autre bout du téléphone le jeune homme a un sourire démoniaque.

Il l’avait mise K.O.

 

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J comme Jubilatoire

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Bonjour les Amis,

Cette lettre J m’a longuement fait cogiter. Depuis quelques jours, plusieurs mots jonchaient mes pensées comme des objets posés là en désordre. J’ai jonglé avec certains, joué avec d’autres, mais rien de judicieux n’apparaissait au grand jour. Jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par jaillir et se jucher au plus haut niveau de mon mille-feuilles d’idées. Tel un joyau que j’ai juste eu envie de vous présenter. Comme s’il voulait poser ses jalons dans mon jardin secret. Il était plus réjouissant que les autres. Il m’a mise en joie. J’ai donc jugé bon d’arrêter mon choix sur lui. Je le jette alors joliment sur le papier.

Jubilatoire.

De grands événements comme de petits actes du quotidien peuvent provoquer de la jubilation, de la joie. Une musique, une rencontre, un regard, un sourire, une prouesse, une parole, un mot, un échange, l’amour, une lecture, un paysage, un projet, et tant d’autres choses sont jubilatoires. Les cinq sens peuvent déjà le devenir. Comme la vie doit être triste pour ceux qui ne ressentent jamais cette satisfaction jouissive ! Alors que c’est l’essence même pour effleurer le bonheur. J’aimerais que chaque instant, chaque action, chaque pensée soit jubilatoire. A défaut d’y parvenir absolument, j’essaie de plus en plus souvent de tendre vers cette sensation de jubilation. Elle procure tant d’allégresse et de sérénité mêlées d’exaltation qu’elle emplit entièrement l’esprit et le corps. Elle envahit l’espace et dégouline tant dedans que dehors. Elle parvient même à se répandre sur tous ceux qui sont autour. Elle est contagieuse. Une vraie vague qui emporte tout sur son passage. Une vraie joie.

Puissiez vous tous, chers Amis, éprouver cette jubilation… J’en jubile d’avance !

Bon dimanche à tous.

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I comme Immensité

 

Bonjour les Amis,

C’est la lettre I qui nous réunit aujourd’hui. Elle m’inspire l’immensité. L’immensité de certains paysages en particulier. J’aime quand des espaces sans bornes s’offrent à mon regard. Quand l’horizon est invisible voire inexistant. Imaginez-vous au cœur de la Vallée de la Mort (Death Valley) en Californie, dans un désert incommensurable, ceinturé de montagnes colossales. Dans cette vallée, vous êtes sous le niveau de la mer, le point le plus bas se situant à -85 mètres. En la traversant sous un soleil de plomb, j’ai réalisé à quel point j’étais toute petite, à quel point nous étions tous, les êtres humains, minuscules et microscopiques face à cette nature immense et indescriptible, installée là depuis des millions d’années. Nous ne sommes rien. La prise de conscience de notre passage sur cette terre, au sein de cette nature puissante qui elle seule finalement, nous dirige, fut intense et presque violente. Qui sommes nous pour imaginer parfois la changer ? C’est bien à nous de nous adapter à elle et non l’inverse. Ces espaces immenses étaient là bien avant nous et le seront encore pour un temps infini bien après notre disparition. Cette sensation fut la même en traversant une forêt de séquoia. Les arbres les plus hauts du monde.

L’immensité peut être extrêmement apaisante. Elle permet de se recentrer, elle apporte humilité et sérénité.

Bonne soirée chers Amis.

 

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H comme Horizon

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Bonsoir les Amis,

Je vous parlerai aujourd’hui d’horizon pour cette lettre H. Assise devant Monument Valley en Arizona, j’observe le soleil se lever et j’écoute le silence environnant. Seuls les piaillements de quelques oiseaux absolument minuscules perdus dans cette immensité désertique et les battements de mon cœur ému me rappellent la vie. J’ai rarement entendu un silence aussi profond. Quelle paix ! Quel plaisir ! L’Ouest américain et ses déserts de roches rouges parsemés de buttes monumentales vielles de quelques millions d’années n’est pas une légende. L’horizon ici est au-delà de la perte de vue. Il laisse place à un espace infiniment grand indescriptible. C’est juste époustouflant. Apaisant.

J’aime porter mon regard au loin. Qu’il ne soit pas obstrué par un horizon trop proche. J’aime qu’il soit vaste, comme mon espace vital.

Si mes yeux peuvent viser un horizon lointain alors il devient plus prometteur, mes pensées surgissent et m’assaillent plus librement. Il est plus facile de laisser mon imagination déborder, danser, s’échapper dans un environnement naturellement étendu et large. Que ce soit l’océan, la montagne, la nature tout simplement. Mon esprit s’ouvre beaucoup plus. Il prend de l’amplitude. Quant à mes poumons, ils semblent s’écarter et laissent libre cours à une respiration plus profonde.

A contrario dans une pièce ceinturée de quatre murs, le regard se heurte forcément sur l’un d’entre eux. Comme une boule de billard qui taperait sur chaque côté de la table sans savoir où se poser. Les yeux s’affolent, se sentent frustrés, emprisonnés. Les pensées sont alors elles aussi cloisonnées, brimées, moins fluides et fécondes. Refoulées et dénaturées, elles foisonnent peu et deviennent plus simplistes et radicales.

Voilà pourquoi l’horizon, qu’il soit celui du temps ou de l’espace doit être clair et dégagé. Il est essentiel à mon sens qu’il soit le plus lointain possible, voire inatteignable.

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G comme Gastronomie

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Crédit photo @restaurant.le.pily Cherbourg-en-Cotentin

Bonjour les Amis,

Le début du mois est arrivé à grands pas et m’a déjà doublée. Avec cette lettre G j’ai envie de vous parler d’alimentation aujourd’hui. Une alimentation fine, pas celle dont on se goinfre goulûment dans les grands « gueuletons ».

Non, je vous parlerai de gastronomie. Cet art culinaire si délicat tant revendiqué dans notre beau pays. Cet art de faire bonne chère, c’est-à-dire bon accueil autour d’un bon plat. Plutôt gourmande avisée ou fin gourmet, et curieuse sur le plan gustatif, la gastronomie est importante pour moi. Cependant, ne nous méprenons pas, elle ne concerne pas uniquement les mets très élaborés, la gastronomie se trouve également dans les produits simples et courants. Le gastronome saura s’appliquer à déguster un plat et ressentir des sensations dès sa mise en bouche. Voulez-vous que je vous raconte mes ressentis à l’idée de savourer et surtout partager un plat que j’imagine déjà délicieux ? Imaginez la scène au restaurant*…

Je suis assise, devant une jolie table élégamment dressée. Je suis curieuse de le découvrir, le voir, l’humer. Comment sera-t-il mis en scène ? Pourvu qu’il me surprenne et me ravisse. Pourvu qu’il me laisse un délicieux souvenir dont je me souviendrais encore le soir en me couchant. J’attends tranquillement qu’il arrive en sirotant un verre. Il sait se faire désirer. Puis tout à coup au loin, il arrive. Je le devine, je le sens, il est à moi. -Pour vous madame, bon appétit. -Merci beaucoup.

Il est là devant moi, il sent déjà divinement bon. J’ai hâte de le goûter. Mon mets. Il repose avec grâce au centre d’une assiette très fine. Le contenant est presque aussi important que le contenu. La présentation revêt également une importance toute particulière. Elle est digne d’un artiste, chaque ingrédient est mis en valeur. Même les couleurs sont très subtilement associées. Je me lance. Je déguste. Mon palais jubile. Je ne regrette rien. C’est un vrai plaisir. D’autant plus intense qu’il est éphémère, d’où la nécessité de se délecter de chaque bouchée avec délicatesse, douceur et patience. Se laisser aller. Quand les arômes exaltent, les papilles s’affolent.  C’est succulent. Pour peu que le tout soit associé à un grand cru au bouquet capiteux, le repas devient un véritable enchantement culinaire. Il faut être épicurien pour éprouver ces sensations. Je dois l’être… Mais pour cela, rien n’est meilleur que d’être accompagné pour un tel repas. La gastronomie implique le partage et apporte une certaine forme de complicité avec l’autre. A bon entendeur ! 

* J’ai imaginé la scène dans un restaurant étoilé de Cherbourg-en-Cotentin, Le Pily. Dirigé par un jeune couple très sympathique Lydie et Pierre Marion. Ce restaurant étoilé depuis quelques années, ne travaille que des produits frais de saison et propose une carte limitée et changeante chaque mois. Chaque fois, c’est une nouvelle découverte qui sublime le palais. A découvrir !

Bon appétit chers Amis

Alphabet

F comme Frisson

 

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Bonsoir les Amis,

La lettre F sera aujourd’hui dédiée au Frisson. Petit frisson ou grand frisson. Celui que j’ai ressenti en pensant à ce texte a fini de me convaincre que ce serait le bon mot.

Le frisson est une réaction corporelle incontrôlable qui peut avoir plusieurs causes. J’en ai recensé trois dont j’ai envie de vous parler :

Le froid. La frayeur. Le plaisir.

Celui déclenché par le froid, chacun d’entre nous l’a forcément déjà ressenti. Il est désagréable. Ce frisson s’installe souvent insidieusement dans la nuque, puis le dos, quant aux bras, ils voient leurs poils se hérisser comme si ces derniers voulaient s’échapper de ce corps transi. Ce frisson en devient presque douloureux et surtout il n’agit jamais seul. Nombreux et intenses, ces frissons donnent envie au corps de se recroqueviller en boule. Comme un hérisson que l’on toucherait.

Ceux causés par la frayeur sont extrêmement violents. Ils secouent le corps tout entier. L’ébranlent du sommet de la tête au bout des orteils. Ils donnent une sensation de sang glacé circulant dans les veines. Ils engendrent des tremblements nerveux et irrépressibles. Ils paralysent les membres et le cerveau. Ils anéantissent totalement quiconque les éprouve. Ils sont terribles et traumatisant.

Celui procuré par le plaisir parcourt généralement la colonne vertébrale pour remonter jusqu’au haut du crâne. J’en parle au singulier car il est singulier. Particulier. Unique. Il est voluptueux et apporte l’allégresse. Discret, il est vif, bref et éphémère. Il peut apparaître dans toutes sortes de situations selon les sensibilités de chacun. La musique peut déclencher cet effet. Un instrument, une note. Un riff de guitare de Dire Straits. Un solo de saxo. Une voix, une parole.  Kurt Cobain fredonnant trop près du micro The man who sold the world, Barbara chantant L’aigle noir. L’euphorie de la foule dans un concert qui balaie tout, nous emporte et nous enlève. Un mot, un texte, une plume, une lecture. Une image, une représentation, une photo, un film. Une oeuvre d’art peut toucher sans explication et faire frissonner. Une sensation forte. Un tour de manège. Ou encore un exploit sportif, que sais-je ?

Le meilleur est celui provoqué par un regard. Un sourire. Un cœur qui bat fort. L’amour. N’est-il pas le plus délicieux ce frisson qui nous saisit à la vue de l’être aimé ? Devant son sourire radieux quand il nous dévore de ses yeux pétillants et amoureux. A l’écoute de son rire ou ses mots tendres. Dans la chaleur de ses bras qui nous enlacent. Au contact de sa peau.

Je ne pourrai énumérer ici toutes les raisons de frissonner car il doit en exister autant que d’être humains.

Si ces mots, ces pensées, ont réussi à vous faire frissonner mon objectif est atteint. J’aurais réussi à vous toucher, vous émouvoir ou éveiller en vous des sensations. Pourvu qu’elles ne soient pas trop effrayantes !

Bonne soirée chers Amis.

 

 

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E comme Emotion

 

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Bonjour les Amis,

Et si on parlait émotions aujourd’hui. Elles peuvent être nombreuses, de tout ordre et se manifester de différentes manières selon leurs origines.

Tandis que je suis en train de vous écrire avec un casque sur les oreilles pour m’isoler des bruits qui m’entourent, pour entrer dans ma bulle, la musique que j’écoute m’emporte. Mes doigts courent sur le clavier. Je n’entends même pas le cliquetis des touches. Je suis installée devant une fenêtre avec vue sur la mer. Il est très tôt. Il fait encore nuit. La musique s’empare de moi, la voix du chanteur aussi, et un sentiment de plénitude m’emplit et m’enveloppe. Je réfléchis aux émotions que je souhaite évoquer avec vous.

Les sources d’émotions peuvent être variées, plus ou moins fortes et avoir des conséquences diverses.

Une personne, une voix, une intonation, un regard, un sourire,  ou une situation particulière peuvent nous émouvoir tant de manière positive que négative. Ces éléments peuvent provoquer de la joie, du plaisir, de la confiance, de l’empathie ou alors de l’étonnement, de la colère, du chagrin, de la vigilance, même du dégoût.

Et aussi surprenant que ce soit, les émotions liées à une situation ou une personne peuvent être opposées et pour autant se manifester de la même manière. Alors comment notre cerveau reconnait-il donc une émotion positive ou négative ?

Par exemple si je prends la peur et l’état amoureux, les symptômes physiques ressentis peuvent être identiques. N’avez-vous jamais éprouvé un peur intense ou un amour fort pour quelqu’un. Si je vous écris par exemple :

« Elle entend ses pas dans le couloir. Des pas légers comme si il voulait la surprendre. Son cœur commence à battre la chamade. Ses jambes tremblantes faiblissent sous le poids de son corps. Des frissons l’emprisonnent. »

Cette description brève peut autant décrire l’une ou l’autre des émotions que sont peur et amour. Seul le cerveau est capable d’analyser de quelle émotion il s’agit.

Les émotions sont les marques d’un état d’esprit lié à un environnement. Souvent exprimées par une gorge nouée, des larmes dissimulées sous les paupière, un nez piquant, des battements de cœur intense, des tremblements, de la sueur, un cerveau paralysé, un cri de joie, de peur ou de rage, une forme de violence, une voix transformée, un rire…

L’essentiel est d’exprimer ses émotions. Alors pas de n’importe quelle manière, elles peuvent aussi être contrôlées et libérées au moment opportun. Toute émotion refoulée finit toujours par se cristalliser quelque part dans votre corps. Et dans les cas extrêmes entraîner des maladies. Les manifestations du corps étant le reflet de nos émotions.

Et cessons de vouloir les refouler, les cacher, d’avoir honte de les exprimer. Pourquoi ressentir de la gêne face aux larmes qui surgissent devant le premier pas de votre enfant ? Face à l’admiration que vous ressentez devant une oeuvre d’art ? Face à la gorge nouée en apprenant une mauvaise nouvelle ? Face au rire qui menace d’éclater dans une situation impromptue ? Face aux frissons qui traversent votre colonne vertébrale lors d’un concert ? Face au ressenti à la lecture d’un beau texte ? Arrêtons de laisser tomber les lunettes de soleil sur le nez, de lever les yeux le plus haut possible, de tousser. Laissons couler nos larmes quand le barrage des paupières lâche, offrons un sourire éclatant quand nous sommes heureux et crions quand nous sommes en colère. Libérons nos émotions, ça fait un bien fou ! Vivre ses émotions c’est savoir Être.

Entre temps les heures passent et je vois le jour se lever. Le ciel s’éclaircit. Le rivage se dessine sous mes yeux. Je distingue alors l’écume blanche des vagues qui s’écrase sur le sable avec puissance. Je suis bien. Et surtout j’ai conscience de me sentir bien. Un sentiment d’accomplissement. Est-ce une forme d’émotion ? je dirais plutôt oui. En voilà déjà une d’exprimée ! A vous de jouer.

Bonne journée chers Amis.