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Anne Bert : elle fait le choix de sa fin de vie

anne_bertBonsoir chers Amis,

J’ai choisi de vous parler ce soir du livre d’Anne Bert. Le tout dernier été. Ce livre est sorti aujourd’hui chez Fayard, deux jours après l’annonce de son décès. Mort dont elle avait choisi la date et le moyen. En Belgique, car la France n’autorise pas l’euthanasie. Anne Bert, écrivaine, était atteinte de sclérose latérale amyotrophique, plus connue sous le nom de maladie de Charcot. Maladie incurable qui atrophie les muscles.

Anne Bert a été diagnostiquée en septembre 2015. Quelques mois plus tard, elle a fait part à son éditeur de son souhait d’écrire sur les derniers mois de sa vie et de publier son livre après sa disparition. Il n’est donc pas une thérapie pour elle.

Dans son ouvrage, l’auteure évoque sa fin de vie, ce dernier été passé auprès de ses proches, avec une écriture limpide et ciselée. Elle ne tombe jamais dans l’émotion maladroite et vaine. Ce livre ne fait pas pleurer, juste peut-être réfléchir sur cette question de fin de vie. Doit-on ou non laisser le choix aux malades de décider de leur moment ? Et dans quelles conditions ? Moi je pense que oui, mais ce n’est que mon opinion et elle n’a aucune valeur.

J’aime la façon dont elle évoque son corps comme une personne à part entière, dissocié de son esprit et de la maladie. C’est sans doute une manière de se protéger, de lutter plus facilement, comme s’il s’agissait d’un élément extérieur. Comme si ce corps malade ne faisait plus partie d’elle.

« Je ne veux pas de ce triangle : lui et Charcot, contre moi. »…/…

« C’est lui qui m’assassine, ce corps cannibale qui divorce de moi »

Quand Anne Bert parle des médecins qui l’aideront à mourir, elle les cite en terme de passeurs. Passeurs vers un autre monde. Ils savent soigner l’âme quand il n’est plus possible de soigner le corps humain. Elle déclare ne pas pouvoir vivre sans désir.

« Je vais prendre les chemins de traverse, passer la frontière pour fuir l’interdit. Choisir ma mort sans renoncer à mon goût de vivre. »

Elle aborde aussi très souvent les dernières fois. La dernière fois qu’elle voit fleurir des lilas, la dernière fois où elle a conduit, la dernière fois où elle s’est habillée seule, où elle a serré sa fille dans ses bras… Elle n’en n’a pas toujours eu conscience.

« Je n’ai pas vécu du tout la réalité de la dernière fois où j’ai pu conduire…/… le jour où j’en ai été incapable a pris le goût de l’horreur, et il a tout emporté. »

Ce sujet me touche. Moi-même je me pose fréquemment cette question des dernières fois, sans pour autant penser à la mort. Mais je ne peux me souvenir de certaines dernières fois car la vie avec son quotidien s’écoule mécaniquement. Comme celle où j’ai bordé mes enfants dans leur lit, celle où je leur ai raconté une histoire, celle où j’ai rencontré telle personne…La liste est longue et j’ai tant de choses à vous dire que je vous en parlerai une prochaine fois et pour une dernière fois !

Bonne lecture chers Amis, ce livre très court a été lu en à peine plus d’une heure.

http://www.fayard.fr/anne-bert-le-tout-dernier-ete

Existe aussi en ebook :

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782213707563/le-tout-dernier-ete-anne-bert

 

 

 

rentrée littéraire 2017

Parmi les miens : un premier roman qui interpelle

parmi les miens

Cher Amis bonsoir,

Je vous ai annoncé ce livre en fin de semaine dernière.

Voilà donc mon ressenti : Un vrai coup de cœur ! Il s’agit du premier roman de Charlotte Pons, fondatrice des ateliers d’écriture Engrenages & Fictions.

Le sujet poignant et délicat de la fin de vie, est abordé ici sans pitié et avec peu de compassion du point de vue de la narratrice. Cette dernière est l’une des trois enfants d’une femme victime d’un accident de la route qui la laisse en état de mort cérébrale. Sa famille ne partage pas immédiatement son opinion tranchée, peut-être réaliste mais sans doute trop directe et surtout trop rapide. 

 « Autant qu’elle meure »

Une histoire de famille dont chacun des membres possède une identité forte.

Au fil des pages on découvre qui est cette femme accidentée de la route et de la vie, ses secrets, ses non-dits, ses origines. La mauvaise communication qu’elle entretenait avec sa fille, la narratrice. Cette dernière est maman d’un bébé de moins d’un an. On comprend alors que tant qu’elle n’aura pas réglé certaines difficultés relationnelles avec sa propre mère, elle ne saura que difficilement exprimer son amour à son enfant. Cependant n’est-ce pas déjà trop tard ? Sa mère va-t-elle mourir ? Doit-elle mourir ?

« J’hésitais à me confier. À lui dire toute la difficulté à être mère quand la mienne est en train de mourir, lui dire tout ce qu’elle ne m’a pas transmis et que je devrai trouver seule désormais ; lui dire aussi toute l’intimité mêlée de défiance que j’éprouve pour mon bébé et qui me fait peur, me noue les tripes ; lui dire encore que je n’ai plus souvenir d’une telle intimité avec ma mère aujourd’hui que je suis adulte, et que ça aussi, ça me rend malade. « 

Ce livre laisse me laisse songeuse. Que ferais-je face à une telle situation ? Comment serais-je capable de réagir ? Aurais-je la lucidité de ne pas penser qu’à mes propres désirs ? Aujourd’hui oui, bien entendu j’en ai la certitude. Mais à ce jour, je ne connais pas cette situation. Et à chaque situation, une réaction différente. 

J’ai aimé de Charlotte Pons, sa plume incisive et directe où la tendresse trouve quand même sa place.

« Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie. »  

Je vous recommande donc vivement cet ouvrage, les Amis, qui ne vous laissera pas indifférent.

http://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/litterature-francaise/parmi-les-miens

Existe en version numérique sur :

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782081414167/parmi-les-miens-charlotte-pons