billet d'humeur

Elle les voit bouger et sourire…

img_6531Dans le jardin, au loin, elle les voit bouger et sourire. Complices. Elle ne les entend pas. Son casque sur les oreilles l’en empêche. Aucune importance. Ils sont debout. Jambes croisées et main sur la hanche pour l’un. Pieds bien ancrés dans le sol et mains dans les poches pour l’autre. Les deux mêmes. La musique s’immisce en elle. La berce, la booste. L’emplit, l’envole. Elle est isolée mais pas seule. Là, avec eux et sans eux.

Le soleil s’est invité entre les branches des arbres et se pose avec moiteur sur son épaule dénudée. Elle les voit se déplacer sans bruit. Comme si elle regardait un film sans son alors que la musique continue de l’emporter. Ils volent au-dessus du sol. Autour d’elle. Au loin d’elle. Ses tympans sont saturés. La batterie résonne dans sa poitrine. Ils s’agitent en douceur tandis que le saxo hérisse ses cheveux.

Leurs rires silencieux s’étouffent et disparaissent dans l’air chaud. La guitare la fait frissonner. Ils s’approchent alors d’elle. Une voix chaude fredonne dans ses oreilles et ses doigts dansent sur le clavier au rythme de la musique. Ils sont les seuls à la diriger. A diriger les mots qu’elle laisse se déployer, glisser. S’entrechoquer, se juxtaposer. Elle ne regarde qu’eux. Elle ne voit pas ce qu’elle écrit. C’est étrange et réjouissant à la fois. Galvanisant.

Ses doigts deviennent son chef d’orchestre.

Elle aime pénétrer dans cette bulle. La fermer hermétiquement. Y tourner à l’intérieur. Danser. Voler. En apesanteur. Sans sensation d’étouffement. Être enfin à sa place.

Père et fils n’ont aucune conscience de ce qu’elle vit en les regardant sans les voir, en les écoutant sans les entendre. Ils continuent de sourire. Et elle aussi.

Création

Une pause fraîcheur en terrasse

Bonjour les Amis,

Le temps semble faire une pause alors que la matinée s’est déjà à demi écoulée. Quelque part pendant l’été, sous une chaleur écrasante, un petit coin de fraîcheur a croisé notre chemin. A moins que ce ne soit nous qui l’ayons traversé par hasard. Qui sait ? Le hasard existe-t-il ? A peine aperçue cette petite terrasse que nous avons immédiatement stoppé la moto, coupé son moteur doux mais bruyant et garé l’engin à l’abri du soleil sous un marronnier. Le calme est revenu. J’ai posé un pied à terre, il a crissé sur le sol sablonneux, j’ai observé en balayant d’un simple regard cet endroit qui nous tendait les bras et instantanément j’ai su. J’ai su qu’il me plairait. J’ai su qu’il m’inspirerait. J’ai su qu’avec vous je le partagerais. J’ai soupiré d’aise.

Le petit Bar de la poste se situe à l’entrée d’un vieux petit village aux maisons de pierres grises. Des fleurs fournies et colorées dégoulinent des jardinières accrochées aux fenêtres des maisons, tandis que des rosiers en escaladent les murs sans pouvoir arrêter leur ascension. Le bar quant à lui offre une terrasse emplie de fraîcheur contrastant avec la chaleur enveloppante de ce début de journée.  Les branches des arbres et leurs feuilles vert tendre sont soutenues par une structure de bois formant ainsi une pergola naturelle. Quelques tables et chaises de la même couleur paraissent avoir toujours vécu en dessous. Nous nous y installons, commandons des jus de fruits frais que nous sirotons à la paille. Derrière moi, le mur du fond en pierre a été complètement camouflé et décoré à la manière du Street Art. Cette note contemporaine vient en opposition à l’atmosphère de l’endroit paisible, intemporelle et éternelle. Cependant j’y vois une contradiction très bien maîtrisée avec une accroche réussie.

Près de nous, deux femmes discutent en oubliant qu’elles ne sont pas seules en ce lieu. L’une raconte à l’autre son enfance mauricienne alors que sur une autre table trois hommes âgés échangent des propos que nous n’entendons pas. Pour eux aussi le temps semble s’être arrêté le temps d’un café. Pour nous, il s’agit d’une pause dans notre virée à moto. Une pause dans la matinée. Une pause dans nos vacances. Une pause dans notre vie. Une jolie pause fraîche et ombragée qui nous a donné le courage de poursuivre notre route.

 

billet d'humeur

Jour de pluie

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« Quand un chauffeur de taxi parisien veut absolument engager la conversation et que je n’en n’ai aucune envie, j’ai l’impression de lui mettre un vent de dingue ! Juste pas envie de parler, mais pas envie de blesser non plus. Je souhaite simplement rester dans mes pensées, observer la rue et ses passants, le ciel bas, les véhicules qui m’entourent. Je suis dans ma bulle, je m’exclue du monde environnant. Je ne suis même pas impatiente dans ces embouteillages ! C’est dire à quel point je suis ailleurs. Le conducteur peut toujours essayer de me parler, je ne l’entends plus. D’ailleurs il a abandonné. Des gouttes de pluie viennent brouiller ma vue en s’écrasant sur ma fenêtre côté passager. À défaut de pouvoir converser, le chauffeur a mis un peu de bonne humeur dans sa radio. Bob Marley s’est invité dans la voiture. Je le vois assis près de moi, assis à l’arrière. Le soleil s’échappe du poste à travers le reggae qui m’accompagne pour illuminer mon trajet. J’imagine les longs rayons jaunes qui sortent et contrastent avec le ciel gris qui pleure. Comme des épées qui voudraient se frayer un chemin à travers l’épaisseur du plafond sombre pour aller chatouiller ou crever les nuages. Qu’ils se vident une bonne fois pour toute pour enfin laisser place à la lumière. Au lieu de ça, dehors, des pavés mouillés, des capuches, des parapluie comme des chapeaux sur des têtes recourbées, des visages enfouis dans les cols, seuls les yeux sont entre-ouverts, des pas pressés. J’ai l’impression de voir les gens danser tant ils sautillent pour éviter les flaques qui brillent au sol. Amusant spectacle. La place de la République est quasiment vide, elle est à peine traversée par ces danseurs improvisés. Où courent-ils donc tous ? Finalement aucune importance de le savoir… Seul le moment présent compte.

Tout en les observant mes doigts courent sur mon clavier pour vous raconter cette scène qui me fait sourire.

Bonne journée les Amis, même si la pluie s’impose, dites vous bien que vous n’y pouvez rien, alors gardez le sourire vous aussi ! »