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Une cuisine hors du temps

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Le couloir est très long entre la porte d’entrée et les toilettes situés tout au fond, là où se cache le loup la nuit. La première porte à droite à la poignée en plastique grince quand on l’ouvre. Elle mène à la cuisine. Cette pièce où la petite passait du temps avec sa maman. Des odeurs gourmandes y flottent souvent. Face à la porte, contre le mur qui donne sur le petit parking de l’immeuble à trois étages, se trouve l’évier. Son robinet est haut et prolongé d’un tuyau flexible. A droite en hauteur, sur le mur peint en orange, est suspendu un chauffe-eau dans lequel une petite flamme bleue est allumée. L’enfant l’observe, ça l’amuse, la flamme bouge comme les feuilles dans le parc en face.  Quand sa maman fait la vaisselle elle regarde dehors, par la fenêtre. Elle peut d’ici voir son mari rentrer du travail. A l’heure où il arrive, la petite adore grimper sur une chaise et s’asseoir là où maman pose la vaisselle qui sèche. Elle a souvent les fesses mouillées, ça la fait rigoler. Maman aussi. Elle surveille la R16 marron arriver au loin et saute de joie quand son papa trouve une place pour la garer juste devant elles. C’est trop rigolo. Elles le voient alors sortir de sa voiture, il est grand, brun avec des pattes longues qui descendent le long de ses oreilles. Parfois la petite s’amuse à ouvrir et fermer les rideaux à petits carreaux rouges et blancs. Elle les trouve jolis et leurs noms aussi. Maman dit que c’est du vichy. Comme les pastilles à la menthe blanche que sa mamie lui glisse dans la bouche quand elle a été sage. Sur la gauche, maman range la vaisselle dans un grand buffet marron en formica. On dirait presque du bois mais quand elle touche, c’est froid comme du plastique. Le meuble a trois portes à sa hauteur, un petit plateau sur lequel repose une coupe de fruits, avec des bananes et des pommes et juste à côté, une photo en noir et blanc de son petit frère et elle. Il est encore bébé et pourtant elle a été prise au dernier Noël. Juste au-dessus il y a encore trois portes mais un peu moins profondes. Les poignées, comme celles des tiroirs à couverts ainsi que les pieds, sont en métal noir. Torsadés.

Maman râle parce qu’elle ne met jamais ses chaussons, elle préfère marcher en chaussettes sur le carrelage froid de la cuisine. Et elle s’amuse à sautiller d’un carreau noir à un carreau blanc, en diagonale. Comme sur une marelle. Maman a toujours peur qu’elle glisse et se cogne la tête sur le coin de la table carrée située en plein milieu de la pièce. Elle est de la même couleur que le buffet. Là aussi la petite aime s’asseoir quand maman prépare le goûter. Pas sur les chaises également marron faux bois mais directement sur la table. Elle regarde sa mère lui préparer ce qu’elle aime manger le plus au monde. Maman ouvre alors le tiroir secret de la table où elle range le grand couteau à pain, coupe une tartine, ouvre le frigo blanc à droite de l’évier et en sort le beurre. Le frigo a des bords ronds, on dirait qu’il est tout gros. En plus l’enfant a le droit de coller des autocollants dessus. Ensuite maman étale le beurre sur le pain, et là la magie opère. Elle prend un couteau plus petit et râpe du chocolat en tablette sur la tartine. Des petits copeaux pleuvent dessus et fondent ensuite sur la langue de la petite. Avec son doigt qu’elle mouille dans sa bouche, elle récupère les petits morceaux tombés sur la nappe à carreaux. Les mêmes que sur les rideaux.

Actu

Seuls les enfants savent aimer

cali

Bonsoir les Amis,

Je viens de découvrir le chanteur Cali avec de nouveaux yeux. Je porte désormais sur lui un nouveau regard. Cet homme raconte dans son livre Seuls les enfants savent aimer, comment âgé seulement de six ans il a été confronté à la mort de sa maman. Certainement l’une des pire tragédies qui puissent arriver à un si jeune enfant. Il décrit avec une plume d’une grande délicatesse, son infinie douleur, son manque incommensurable et la naissance d’une amitié profonde qui apaise quelque peu ses jours et ses nuits. Cette amitié devient addictive. Sa vie même en dépend. Il met en elle tout l’amour qu’il porte à sa maman disparue et cherche à recevoir une équivalence en retour. Ce petit garçon est en perpétuelle quête d’amour et d’affection. Il tombe profondément amoureux, comme on peut l’être à six ans. Parallèlement à ce besoin, il se sent complètement impuissant face à la détresse de son papa. Il assiste à son déclin sans pouvoir l’aider. Son petit papa qu’il aime tant. Les rares fois où il parvient à ressentir un moment de bonheur, le jeune garçon culpabilise et pose sans cesse la question suivante :

« Ai-je le droit d’être si heureux, maman ? »

Toute l’histoire se déroule sur quelques mois au milieu des années 70. J’ai grandi durant ces mêmes années quasiment au même âge. L’environnement qui est décrit ne m’est donc pas totalement étranger. J’y ai retrouvé d’infimes détails, des éléments qui ont résonné en moi, qui ont réveillé des souvenirs d’enfance. Par chance plus heureux. Il a ainsi entendu chanter Annie Cordy, il a appris la magie grâce à Gérard Majax, il portait ses sous-pull, les filles jouaient à l’élastique…

« Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le cœur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ? »

Cali a su nous dévoiler ses blessures profondes avec une plume fine et poétique, du prisme de l’enfant qu’il était. J’ai trouvé cet ouvrage extrêmement touchant.

Bonne lecture les Amis.

Existe en ebook :

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782749156392/seuls-les-enfants-savent-aimer-cali

Ou en version papier :

https://www.culture.leclerc/pageRechercheq=Seuls%20les%20enfants%20savent%20aimer&univers=all

Création

CAFÉ MOULU : souvenir d’enfance

Je sais tout juste lire mais je ne suis pas encore suffisamment grande. Je suis donc obligée de monter debout sur une chaise pour atteindre le plan de travail. La cuisine est propre, agrémentée de petits carreaux de faïence marron. Maman est avec moi. Ou je suis avec elle. Elle me prend vraiment au sérieux car pour la première fois elle me confie la lourde de tâche de moudre les grains de café. J’en rêve depuis si longtemps. Je trépigne d’impatience. Je dois faire très attention à mes doigts, me dit-elle. La lame du moulin électrique peut être dangereuse. Le moulin est petit, blanc avec des fleurs, quant au couvercle il est transparent, tout marron, presque noir, taché de café.

Je réussis à mettre les grains dans le bocal sans trop déborder. Juste un peu. J’ai le droit de prendre un grain et le croquer. J’adore ce goût un peu amer. Ma langue est toute noire. Mes lèvres aussi. Ensuite je m’applique à poser le couvercle puis j’appuie de toutes mes forces. Je suis sur la pointe des pieds pour avoir plus de poids. J’adore le bruit des grains qui se brisent à l’intérieur. Je sourie en levant les yeux vers maman. Elle aussi. L’appareil tremble entre mes mains presque trop petites.  Je dois bien tenir le moulin car les grains cherchent à s’échapper. Comme s’ils avaient peur d’être broyés. Ils deviennent alors poudre noire. Je trouve que ça sent très bon. Dans toute la pièce et même celle d’à côté. Le salon. Maman m’aide à vider le café moulu dans un bocal transparent au couvercle rouge. Voilà. Ça prend un peu de temps me dit-elle, mais c’est moins cher que d’acheter le café déjà moulu. Avant qu’elle ne range tout, j’attrape quelques grains que je cache dans ma poche. Pour plus tard…