billet d'humeur

Jacqueline Monsigny, joyeuse et colorée…

monsigny photo

Cette semaine, s’est éteinte la grande romancière Jacqueline Monsigny. Elle était l’auteure d’une quarantaine d’ouvrages et de biographies de personnalités telles que Grace de Monaco ou Jacky Kennedy.

L’épouse de l’acteur américain Edward Meeks était un personnage haut en couleur. J’ai eu le bonheur de rencontrer ce couple il y a quelques années. A deux reprises. Jacqueline Monsigny toujours extrêmement chic, vêtue de tenues très colorées, était également excessivement maquillée. Des fards aux couleurs vives contournaient ses yeux qu’elle dessinait en amande. Tout chez elle était originalité, sans une once de vulgarité. La première fois que je l’ai rencontrée elle était habillée en tailleur bleu. Elle portait un chignon très haut sur sa tête. Elle était unique. Elle avait eu la gentillesse d’accepter mon invitation à venir dédicacer ses ouvrages dans mon magasin. Lors du déjeuner que nous avions partagé avec son époux, je ne me suis pas lassée de l’entendre narrer toutes sortes d’histoires et anecdotes qui avaient ponctué sa vie très mouvementée. Nous avons beaucoup ri. Le second repas qui nous avait réuni autour d’une même table, était tout aussi extraordinaire. Mémorable. Elle était d’une gentillesse et d’une bonté rares. Tout comme son mari.

Jacqueline Monsigny n’était pas du genre à communiquer par mail ou téléphone portable. De ce fait, quand elle a voulu me remercier pour mon accueil, elle l’a fait par une longue lettre manuscrite que j’ai toujours gardée. Une écriture belle et ample. Il en est de même pour les invitations qu’elle me lançait pour venir assister à la remise du Prix des romancières de Saint Louis, ou ses invitations à venir lui rendre visite à son domicile parisien. Puis le temps passe. Chacun mène sa vie. Sans prendre le temps de se rencontrer, de se voir plus. Puis un jour c’est trop tard…

Ce fut une magnifique rencontre.

Je garde d’elle un joyeux souvenir inoubliable et coloré. Comme elle était.

Création

CAFÉ MOULU : souvenir d’enfance

Je sais tout juste lire mais je ne suis pas encore suffisamment grande. Je suis donc obligée de monter debout sur une chaise pour atteindre le plan de travail. La cuisine est propre, agrémentée de petits carreaux de faïence marron. Maman est avec moi. Ou je suis avec elle. Elle me prend vraiment au sérieux car pour la première fois elle me confie la lourde de tâche de moudre les grains de café. J’en rêve depuis si longtemps. Je trépigne d’impatience. Je dois faire très attention à mes doigts, me dit-elle. La lame du moulin électrique peut être dangereuse. Le moulin est petit, blanc avec des fleurs, quant au couvercle il est transparent, tout marron, presque noir, taché de café.

Je réussis à mettre les grains dans le bocal sans trop déborder. Juste un peu. J’ai le droit de prendre un grain et le croquer. J’adore ce goût un peu amer. Ma langue est toute noire. Mes lèvres aussi. Ensuite je m’applique à poser le couvercle puis j’appuie de toutes mes forces. Je suis sur la pointe des pieds pour avoir plus de poids. J’adore le bruit des grains qui se brisent à l’intérieur. Je sourie en levant les yeux vers maman. Elle aussi. L’appareil tremble entre mes mains presque trop petites.  Je dois bien tenir le moulin car les grains cherchent à s’échapper. Comme s’ils avaient peur d’être broyés. Ils deviennent alors poudre noire. Je trouve que ça sent très bon. Dans toute la pièce et même celle d’à côté. Le salon. Maman m’aide à vider le café moulu dans un bocal transparent au couvercle rouge. Voilà. Ça prend un peu de temps me dit-elle, mais c’est moins cher que d’acheter le café déjà moulu. Avant qu’elle ne range tout, j’attrape quelques grains que je cache dans ma poche. Pour plus tard…