Avis de lecture

Le Dieu du carnage : une pièce de théâtre drôle et acerbe

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Bonjour les Amis,

Encore une pièce de théâtre me direz-vous, et encore de Yasmina Reza ! Oui d’accord, c’est son deuxième ouvrage en quelques jours que je vous présente. Cependant en ouvrant la première page, j’ai immédiatement été prise d’envie d’ouvrir les suivantes.

Le pitch rapide : Un enfant cogne un autre avec un bâton lui brisant deux incisives. Les parents se rencontrent en toute intelligence et politesse pour régler ce litige à l’amiable. Enfin, au début seulement...

Rapidement les personnalités des quatre protagonistes (les parents) se révèlent à la fois odieuses, généreuses, égoïstes, futiles ou autres encore. On y retrouve beaucoup de comportements paradoxaux de la nature humaine. La construction des personnages est extrêmement bien menée, ils sont exacerbés au cours de la lecture. J’aime la manière dont Yasmina Reza les met en lumière simultanément. Ils évoluent au même rythme et le ton entre eux monte crescendo. Elle les fait apparaître sous leur véritable jour en égrenant leurs facettes au fil des pages. Acerbe, drôle, léger et grave, tous les ingrédients sont là pour faire de cette pièce de théâtre une scène dans laquelle comme moi, vous pénétrerez, sourirez, prendrez plaisir à suivre ce huis clos, et entendrez réellement les voix de ces quatre personnes. Très rapide à lire et surtout très agréable. Vous passerez assurément un bon moment en lisant ce livre. Bonne lecture et belle journée chers Amis.

https://www.culture.leclerc/livre-u/litterature-u/theatre-poesie-u/theatre-u/le-dieu-du-carnage-9782226173744-pr

Existe aussi en ebook

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782226196026/le-dieu-du-carnage-yasmina-reza

Cette pièce a également été adaptée au cinéma sous le nom : Carnage qui existe en DVD comme en Blu-ray

https://www.culture.leclerc/video-u/films-u/drame–comedie-dramatique-u/dvd-u/carnage-3700301031297-pr

https://www.culture.leclerc/video-u/films-u/drame–comedie-dramatique-u/blu-ray-u/carnage-3700301028488-pr

 

Création

L’attente

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Figée, debout, son casque sur les oreilles, à contre sens dans la rue bondée, elle se fait bousculer par de nombreux passants. Ils la heurtent, la bousculent, râlent. Ça lui est égal. La musique résonne en elle. Elle l’attend lui.  Avec une impatience non feinte. Cette sorte d’impatience qui fait battre le cœur et frémir les jambes. Celle qui noue le ventre. Celle qui pique les yeux. Ses pieds sont lourds mais ne tiennent pas en place. Elle regarde toujours au loin et tout à coup : Elle le voit. A quelques dizaines de mètres. Son cœur explose. Le riff de guitare aussi.

Il approche, marche vers elle. Elle l’observe. Elle essaie de retenir son sourire encore un peu. Il est encore trop loin. Elle veut le lui donner entier et plein. Rien que pour lui. La mélodie est douce dans ses oreilles. Elle reste sur place, immobile. Elle veut qu’il vienne à elle. Les mains dans ses poches. Son pas assuré lui démontre à quel point il est bien ancré dans sa vie. Combien aussi il est pressé de la retrouver. Elle le devine. Elle aime son allure très sûr de lui. Lui aussi lui décochera un sourire et elle vibre déjà de le recevoir. Celui coincé entre deux fossettes, celui qui lui dit son plaisir de l’approcher. La musique s’intensifie. Il est tout près maintenant. Elle entend ses yeux gris lui souffler son besoin d’elle. Elle aime la lumière chaude qui émane de son regard. Cette même lumière qui n’éblouit qu’elle car n’existant que pour elle. Ses boucles châtains n’attendent plus que ses doigts fins pour les détendre. Sa tête à elle n’aspire plus qu’à se lover contre son épaule épaisse et enveloppante. Il est maintenant là, tout contre elle. Le batteur frappe avec force et lâche tout. Leurs peaux s’apprêtent à se toucher. Ses lèvres se posent sur les siennes avec autant de délicatesse et de volupté qu’elles sont douces et bien dessinées.

La musique touche à sa fin.

Coup de cœur

Art :Yasmina Reza nous emmène au théâtre

ART YASMINA REZA

Bonsoir les Amis,

Oublions la rentrée littéraire pour un temps…

Je vous présente ce soir un livre très court de Yasmina Reza paru il y a quelques années déjà. Art. Il s’agit d’une pièce de théâtre autour de l’art. Trois amis. L’un passionné d’art achète un monochrome blanc une coquette somme. Somme qui semble être une fortune indécente à son meilleur ami aux goûts plus traditionnels. Un désaccord à ce sujet né entre les deux hommes, quant au troisième qui hait le conflit, il fait tout pour n’être opposé à aucun des deux autres. D’un avis divergent sur l’art en général puis sur l’acquisition d’une telle oeuvre, les trois hommes se disputent, se dispersent et se disent des vérités difficiles à entendre sur divers sujets plus personnels. Tous les non-dits explosent et font subitement irruption dans les conversations. Dans ce huis clos, on ne voit jamais la fin de ces querelles qui reprennent toujours de plus belle sous n’importe quel prétexte. Cet ouvrage traite non seulement de l’art mais également d’amitié, d’argent, d’intolérance, d’ouverture d’esprit, ou pas, de cliché, et de conflit.

J’ai beaucoup aimé la lecture ce livre dont j’ai imaginé les voix de Pierre Arditi ou Fabrice Luchini, avant même de savoir qu’ils étaient les comédiens interprétant cette pièce au théâtre ! Très étonnant…

En même temps que ma lecture je suis allée visiter le musée du Centre Pompidou, et j’ai eu une une petite pensée pour ces trois amis en admirant tout particulièrement l’IKB 3, Monochrome Bleu de Yves Klein qui m’a emplie d’émotion.

Ce livre est drôle et enrichissant. Il est à lire sans modération et sans plus attendre ! Un livre qu’on n’oublie pas.

http://www.culture.leclerc/livre-u/scolaire-et-parascolaire-u/scolaire-et-soutien-scolaire-u/lycee-d-enseignement-general-u/generalites-u/art-9782210754478-pr

Existe en ebook

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782226200174/art-yasmina-reza

Bonne lecture à tous.

Thématique

Thématique : roman initiatique

 

Bonjour les Amis,

Aujourd’hui je vais évoquer avec vous des livres que je vous ai déjà présentés mais cette fois sous forme de thématique. Si par hasard les chroniques de ces titres vous avaient échappé, vous trouverez les liens ci-dessous pour pouvoir les relire. Il s’agit de romans initiatiques dont j’ai vraiment beaucoup apprécié la lecture.

 

KM ZERO

Ce livre donne à réfléchir sur le but et le sens à donner à sa vie. Il permet de comprendre que lorsque notre conscience s’éveille, la connexion avec la nature, le vivant et les autres se crée enfin réellement, profondément et durablement. L’essentiel prend alors forme et devient palpable. Il reprend sa place centrale en notre for intérieur.

https://wordpress.com/post/laparenthesedeceline.com/3693

 

 

 

SEPER

En lisant cette chronique, vous serez les témoins de ma correspondance avec une jeune femme incroyable qui m’a inondée d’une force inestimable tel un tsunami d’énergies positives, de bonheur, de confiance et de sourires multiples.

https://wordpress.com/post/laparenthesedeceline.com/2318

 

 

 

 

 

TOURISTE BONHEUR

N’imaginez pas uniquement lire « une fois de plus un livre spirituel sur la méditation autres autres techniques qui tendraient à vous recentrer, etc… » Cet ouvrage là est décalé, déjanté et j’ai aimé ! J’ai découvert entre ces pages une quête du bonheur sincère, véritable et joyeuse.

https://wordpress.com/post/laparenthesedeceline.com/4423

 

 

Bonne lecture et bon dimanche à tous.

billet d'humeur

4000 visiteurs…

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Bonsoir les Amis !

Un grand merci à tous. Vous êtes 4000 à m’avoir rendu visite sur le blog. Ça ne fait que conforter l’idée que j’ai de continuer à vous écrire régulièrement. Écrire me plaît et mes écrits semblent vous plaire aussi. Donc aucune raison de se priver ! Amusons-nous ensemble et pour longtemps encore j’espère. Ce ne sont pas les idées ni les sujets qui me manquent. Il y en a tellement qui se bousculent en moi que je dois régulièrement prendre le temps de les trier, les affiner avant de vous les présenter. Ou les garder pour d’autres projets d’écriture en train de mûrir actuellement…

Une furieuse envie d’écrire s’empare de moi ce soir, d’aligner quelques mots. Les partager avec vous chers Amis, avec toi lecteur.

Ne me juge pas. Ne me regarde pas. Lis moi seulement. Merci

Belle soirée à tous.

billet d'humeur

Serge Joncour remporte le prix Landerneau des lecteurs

Bonsoir les Amis,

Me voilà de retour de la remise du prix Landerneau des lecteurs qui a eu lieu ce soir Vous le connaissez ? Il s’agit du prix littéraire organisé par les Espaces Culturels E.Leclerc. Il a été remis par Michel-Edouard Leclerc en personne à Serge Joncour pour Chien-Loup publié chez Flammarion.

Étaient en lice les ouvrages suivants :

-Chien-loup de Serge Joncour chez Flammarion

-Trois fois le tour du monde de Sophie Divry chez Notabila

-Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives chez L’arbalète Gallimard

-Le paradoxe d’Anderson de Pascal Manoukian au Seuil

Les 16 lecteurs qui ont eu la chance d’être sélectionnés pour être membres du jury auprès d’une petite dizaine de libraires, étaient très heureux d’être présents ce soir. Ce fut une belle réception avec de belles rencontres à la clé, comme chaque fois.

Lors de son discours très humain, Serge Joncour a déclaré :

« La littérature sert à se faire rencontrer des êtres. »

À bientôt pour mon avis sur ce titre.

Alphabet

N comme nature

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Bonsoir les Amis,

Voici venu le temps d’aborder la lettre N. Au départ, je me sentais peu inspirée, j’ai donc failli juste vous écrire NON. Comme : non je ne souhaite pas écrire aujourd’hui. Or ma nature profonde a ressurgi. Celle qui me pousse à tenir mes promesses. Celle qui aime tant me laisser écrire, toujours plus. Chaque jour. Jamais un jour sans…

Elle est là devant moi, étendue à mes pieds, autour de moi, au-dessus de moi. Ou n’est-ce pas plutôt moi qui suis à ses pieds ? Elle est là, partout, elle me happe. Or il m’arrive parfois de ne pas la remarquer, de la négliger, peut-être même de l’égratigner un peu.

La Nature. Celle qui me survivra. Qui nous survivra tous. D’où je vous écris en ce moment, elle est de couleur verte, silencieuse. Malgré tout je perçois ses mots muets, indicibles. Dans le bruissement léger des grands arbres qui forment une ronde autour de moi, je crois entendre le message suivant :

Respecte moi.

Cette nature, je la vois m’observer tandis que je noircis les pages de mon carnet pour partager ce moment avec vous. Elle me lance des œillades par les ombres qu’elle fait passer sur moi. Comme pour me rappeler qu’elle existe bien, qu’elle est toujours présente et plus forte que tout. C’est elle seule qui domine. Je me plie à son exigence. J’écris en silence, enfin presque, avec juste un fond de Tchaikovsky et sa Valse des fleurs dans les oreilles, cette musique se prête tant à ce texte et ce contexte d’écriture en extérieur… Cette nature, je la raconte, je témoigne de sa présence immense et puissante. J’en profite pour la respirer à pleins poumons. Je m’imprègne d’elle, je m’emplis d’elle. Je l’enregistre visuellement. Elle m’apaise.

Ainsi grâce à elle, je prends aussi conscience de ma propre nature. Celle profondément enfouie en moi. Celle qu’il ne faut pas négliger non plus. Celle que chacun d’entre nous doit écouter et respecter également.

Les attentes sont donc communes.

Ne jamais rien faire contre nature

Actu

Ecrire… par Charles Aznavour

Bonsoir les Amis,

Charles Azanavour, un monument de la chanson française amoureux des mots s’est envolé aujourd’hui. L’école d’écriture parisienne Les mots, dont j’ai la chance de suivre les cours, a publié sur les réseaux sociaux un texte écrit par l’artiste. Je souhaite vous le faire découvrir ce soir car je le trouve magnifique.

 

« Rêver, chercher, apprendre
N’avoir que l’écriture et pour Maitre et pour Dieu
Tendre à la perfection à s’en crever les yeux
Choquer l’ordre établi pour imposer ses vues
Pour fendre
Choisir, saisir, comprendre
Remettre son travail cent fois sur le métier
Salir la toile vierge et pour mieux la souiller
Faire hurler, sans pudeur, tous ces espaces nus
Surprendre
Traverser les brouillards de l’imagination
Déguiser le réel de lambeaux d’abstraction
Désenchaîner le trait par mille variations
Tuant les habitudes
Changer, créer, détruire
Pour briser les structures à jamais révolues
Prendre les contre pieds de tout ce qu’on a lu
S’investir dans son oeuvre à cœur et corps vaincus
Écrire ta peur de sueur, d’angoisse
Souffrant d’une étrange langueur
Qui s’estompe parfois mais qui refait bientôt surface
User de sa morale en jouant sur les mœurs
Et les idées du temps
Imposer sa vision des choses et des gens
Quitte à être pourtant maudit
Aller jusqu’au scandale
Capter de son sujet la moindre variation
Explorer sans relâche et la forme et le fond
Et puis l’oeuvre achevée, tout remettre en question
Déchiré d’inquiétude
Souffrir, maudire
Réduire l’art à sa volonté brûlante d’énergie
Donner aux sujets morts comme un semblant de vie
Et lâchant ses démons sur la page engourdie
Écrire, Écrire
Écrire comme on parle et on crie
Il nous restera ça
Il nous restera ça »

Charles Aznavour nous a quittés.
Il nous reste ses mots, dont ce magnifique texte, « Écrire »…

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, intérieur
Merci à l’école Les mots de nous faire partager ce sublime texte.
inspiration

Soudain ils resurgissent…

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Bonjour les Amis,

Depuis longtemps ils étaient tapis. Aujourd’hui ils resurgissent. Je vous les présente ce matin. Ces personnages, vous risquez de les retrouver de temps à autre sur le blog, au gré de mon inspiration et de vos réactions…

Tandis qu’ils passent à moto le long de la plage devant des terrasses de café, Agate les reconnaît immédiatement. Ces odeurs d’enfance, de vacances, de soleil, de beignets, de pralines. Elles la saisissent de façon impromptue. Sa mémoire fait tout à coup un grand bond en arrière. De trente ans environ. Assise à l’arrière de leur grosse cylindrée, elle enlace Sam qui pilote. Sourire aux lèvres, elle laisse errer ses yeux sur la mer d’un bleu profond et se souvient.

« Elle n’a pas huit ans. Papa a stationné la R16 le long de la route qui borde la plage. Le soleil déjà chaud fait froncer ses grands yeux marine ourlés de longs cils foncés et retrousser son nez couvert de taches de rousseur. Elle transpire un peu malgré sa légère robe turquoise fleurie à bretelles. Son épaisse frange châtain colle sur son front moite. De sa main libre elle tente de repousser ses cheveux. De l’autre elle s’efforce de ne pas lâcher sa nouvelle bouée bleue en forme de canard. Son grand cou est blanc et son bec orange. Elle a vu d’autres modèles dans le petit drugstore près de la plage, mais c’est celui-ci dont elle rêvait. Papa le lui a acheté. Il marche maintenant devant elle sur le petit chemin de sable. Chaque fois qu’il pose un pied à terre, de la poussière vole et se dépose entre ses orteils. Il porte une glacière bleue dans sa main gauche, un gonfleur sous le bras et un matelas gonflable sous son bras droit, au bout duquel s’accroche Gabin, son petit frère. Le garçonnet blond porte déjà sa petite bouée rouge autour de la taille. Maman leur emboîte le pas, chargée d’un petit parasol rayé marine et blanc, et d’un sac contenant les draps de plage. Elle a tout prévu pour passer une magnifique journée. Maman a le don d’organiser des sorties simples mais formidables. Du genre dont on se souvient même plus de trente ans plus tard.
La place idéale trouvée, celle sans trop de voisins, chacun dépose sa charge sur le sable. Ses parents aiment la tranquillité, ils ne supportent pas être agglutinés auprès d’inconnus. Ils ne supportent pas les odeurs de crème solaire mêlées à celles de transpiration de gros types rougis par le soleil. Ceux dont la sueur dégouline entre les poils drus d’une barbe trop épaisse. Ils tolèrent difficilement les ondes que crache un poste de radio mal réglé par celui qui ne manquerait les résultats sportifs à aucun prix. Même pour une journée en bord de mer avec ses marmots. Ces mêmes gamins qui jouent au ballon et le lancent constamment sur leur voisine aux seins nus tant ils sont peu adroits ou trop curieux. La malheureuse, indulgente au début puis vraiment mécontente, finit par s’allonger sur le ventre en rageant contre ces mômes qui vont l’empêcher d’avoir le décolleté bronzé de ses rêves. Pour éviter tous ces désagréments, la famille Lecœur investit la plage dès le matin. Elle a donc le loisir de s’installer au calme, tout au bout de la plage, près des rochers. Dans une petite crique. Gabin trépigne déjà d’impatience à l’idée de se jeter à l’eau. Papa s’évertue à pomper du pied gauche sur le gonfleur pour s’assurer que le matelas flottera bien. Maman étale les nattes au sol et abrite la glacière sous le parasol. De son côté Agate ôte ses espadrilles et jette sa robe en bouchon. Quelques instants plus tard la famille est prête pour la baignade. Les petits sont obligés de jeter les draps de bain devant eux tant le sable est brûlant et courir dessus, puis renouveler ainsi l’opération jusqu’au bord de l’eau pour préserver leurs plantes de pieds sensibles. Agate n’a qu’une idée en tête : Profiter au maximum de ce bain. L’eau est toute douce sur son corps. Comme une caresse. Elle adore nager mais elle doit avancer parallèle à la plage. Papa n’a de cesse de lui rappeler le danger.
-Agate, ne nage pas vers le large, compris ? C’est trop dangereux, si tu t’essouffles, nous ne serions pas capables d’aller te chercher.
-Oui, Papa, répond-elle en soupirant et levant imperceptiblement les yeux au ciel.
Pourtant elle aimerait tant voir la plage de plus en plus petite et lointaine. Les gens deviendraient minuscules. Comme des petits points. Est-ce qu’au large le silence est plus intense ? Sans doute n’y entendrait-elle plus les cris des enfants sur le sable, les voix des adultes qui parlent trop fort. Peut-être croiserait-t-elle un dauphin. Quand elle sera grande, elle sera une excellente nageuse, elle se le promet. Elle pourra ainsi aller vers l’interdit. Sans bouée canard. En attendant, le sel lui pique les yeux. Tant pis, ça lui est bien égal. Puis arrive le moment où il lui faut sortir de l’eau et se sécher pour manger les sandwiches préparés par Maman. Ensuite ses parents lui imposent comme à Gabin et d’attendre deux heures avant de se baigner.
-Le temps de la digestion, sans quoi, les enfants vous aurez mal au ventre. C’est dangereux.
Pourquoi ? Nul ne le sait vraiment, mais c’est ainsi. Rien ne peut faire déroger ses parents à cette règle, pas même leurs supplications. Pour passer le temps, ils jouent au badminton, puis Papa creuse des trous géants dans le sable et y enterre ses enfants. Seules leurs têtes dépassent du sol et les rires fusent de toutes parts faisant oublier la baignade pour quelque temps. Dans le ciel, un avion passe traînant derrière lui une longue banderole publicitaire. Un autre moment magique est celui du goûter plus tard dans l’après-midi. Un vendeur au teint hâlé, portant des lunettes de soleil, passe le long de l’eau, chargé de paniers et glacières remplis de friandises.
-Beignets, chichis, pralines, esquimaux ! hurle-t-il inlassablement.
L’odeur qu’il traîne derrière lui est celle du sucre un peu chaud. Celui qui enrobe les pralines collantes à la belle couleur caramel. Une odeur qu’adore Agate et dont elle se souviendra toujours. La famille Lecœur s’autorise ce petit extra sucré chaque après-midi. La fillette choisit le beignet aux pommes presque à chaque fois. Il arrive souvent que le sucre qui enrobe le biscuit se mélange avec le sable qu’elle a sur les doigts. Elle n’aime pas l’effet croustillant que cela produit sous ses dents. Ça grince. Elle grimace. Pourtant elle a fait attention. Elle a rincé ses mains à l’eau de mer avant de manger. Rien n’y fait, ce fichu sable s’incruste partout. Mais tant pis. Rien ne peut gâcher ce plaisir du beignet. Agate est une petite fille gourmande. Toujours curieuse de découvrir de nouveaux goûts. Sauf celui du sable… »

La moto ralentit son allure puis s’arrête. Sam pose les deux pieds sur le sol avec aplomb et coupe le contact. Agate descend, engourdie, la tête encore encore perchée dans ses souvenirs.

-On s’installe en terrasse ? lui propose-t-il en se passant la main dans ses cheveux indisciplinés par le port du casque.

-OK, mais promets moi d’abord une famille comme la mienne.

Rentrée littéraire 2018

Le malheur du bas : roman choc

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Bonjour les Amis,

Inès Bayard nous livre dans ce premier roman, l’histoire intolérable et la descente aux enfers insupportable d’une femme, Marie, victime d’un viol sauvage par son supérieur hiérarchique. De nombreux livres existent déjà sur le sujet bien entendu, or ici la lecture est extrêmement dérangeante et choquante. Le récit commence par la scène finale du livre. Ainsi, pas de surprise, j’ai immédiatement été plongée dans le vif du sujet. Je pensais savoir à quoi m’attendre, et pourtant…

En lisant ce livre violent et cru, j’ai forcément perçu le dégoût palpable de cette femme mariée à qui la vie souriait avant cette tragédie. J’ai vu arriver ce point de basculement inéluctable, cet avant et cet après si notoire, celui qui reste pour toujours ancré dans la chair et dans l’âme. J’ai reconnu la colère et la haine de Marie. J’ai vu grandir en elle sa solitude comme un trou béant. J’ai ressenti son incapacité à vivre au milieu de son entourage naïf et bienveillant. Car son drame repose non seulement sur la violence des actes abjects subis mais aussi et surtout sur le silence qui suit. Ce silence qu’elle ne parvient pas à briser. Elle voudrait être capable de parler mais les mots ne franchissent jamais ses lèvres. La honte les bloque en elle. Marie finit par penser que c’est sans doute mieux ainsi. Que son mari souffrira moins. Qu’il ne la rejettera pas. Il continuera de la traiter comme sa femme et non comme une victime. Pourtant au fond d’elle, elle reproche à son époux de ne pas la comprendre. Cette indifférence la brise. Confortablement installé dans son ignorance des faits, il ne comprend parfois pas les réactions vives de Marie. C’est là toute l’ambiguïté et l’incohérence qui frappent cette femme perdue. En s’emmurant  ainsi dans le silence, ce secret qui s’immisce au sein du couple finit de la détruire. De les détruire tous les deux. Marie ne devient plus qu’une boule de haine et de rage. Son cœur a été arraché au moment de l’agression. Sa dignité a été perdue à jamais. Elle sombre peu à peu dans la folie.

Un élément m’a quelque peu surprise dans ce récit. L’auteure n’évoque que très rarement la peur de Marie. Cette terreur qui se niche au creux du ventre après un tel traumatisme. Celle qui reste tapie mais pas dans l’ombre. Celle qui devient soi. J’ai été aussi dérangée, perturbée par trop d’impudeur, pas des scènes « sales ». J’ai conscience qu’il s’agit du style d’écriture choisi par Inès Bayard, ce qui en fait un ouvrage choc et percutant, cependant j’ai souvent ressenti un sentiment de malaise à la lecture.

Il s’agit d’un livre à ne pas laisser entre toutes les mains, âmes sensibles s’abstenir.

En conclusion, cet ouvrage démontre plutôt bien les séquelles d’un viol dans toute leur ignominie. Même si toutes les victimes ne sombrent pas dans une telle déchéance physique, émotionnelle et sexuelle. Chaque cas est unique. A mon sens, le seul point commun à toutes les victimes est le danger des non-dits et la nécessité absolue de parler, de révéler, d’oser avouer cette honte qui ronge afin qu’elle s’estompe et laisse place enfin à la reconstruction. Seule la parole libérée, associée au soutien et à l’accompagnement des victimes dans une quête de justice, peut mener ultérieurement à un sentiment de force. Sans parole, la vie entière est brisée ; en parlant seule une partie de soi l’est.

https://www.culture.leclerc/livre-u/litterature-u/romans-u/litterature-francaise-u/le-malheur-du-bas-9782226437792-pr

Existe en ebook :

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782226431097/le-malheur-du-bas-ines-bayard