
Parce que la vie se raconte aussi dans les détails. Ceux qui disent tant de nous quand on sait les déceler. Quand le pli d’un coin de page cornée nous dévoile…
Ce pli temporise la lecture. On peut y lire : « Je dois te laisser un moment mais j’ai hâte de te revoir », « J’ai besoin de souffler, tu m’as bouleversé(e) », « Je dois filer, c’est pour mieux te retrouver », « Tu es difficile, pourtant promis, je ferai un effort », « Laisse moi faire une pause pour mieux t’aimer ensuite »… Dans ce coin de page cornée se glissent de nombreuses sensations. De véritables révélations.
Il est intéressant d’observer où se dissimulent ces plis, sur quelles pages. À quel niveau du récit. En fin de chapitre, on imagine une lecture maîtrisée dans son rythme. Alors qu’en plein cœur, sur une page qui ouvre sur la fin d’une phrase par exemple, on devine un arrêt brutal. Un stop contraint. Par le manque de temps, la fatigue, ou un élément extérieur impromptu…
Il existe sans doute autant de styles de plis que de lecteurs. Il y a les petits plis, les grands plis, et au sein du même ouvrage, soit ceux tous égaux, soit plus aléatoires, plus… brouillons. Ils forment tous des triangles différents. Isocèles, rectangulaires, obtus… Trois côtés, l’auteur, l’histoire, le lecteur.
Précisément dans ces plis, chacun y met, de la douceur, de la fermeté, ou de la négligence. Les plis peuvent naître sous la pression répétée d’un ongle ou sous la délicatesse d’un pouce. Une hargne ou une caresse.
A l’instant où ce geste est accompli, l’esprit du lecteur est encore plongé dans le texte. Ce coin de page cornée conserve ce que les mots laissent de traces en lui.
Et la réciprocité apparaît.
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