
Laisser traîner un livre, c’est le faire vivre.
L’exhiber pour montrer qu’il existe, prouver sa présence. Ici bas. Ici là, sur cette table de salon, ce bord de fenêtre, au pied du lit, sur une marche d’escalier, le comptoir d’un bar, un banc public… Trébucher dessus, provoquer sa rencontre, susciter son intérêt. Pouvoir le brandir à tout moment et crier au monde « hé ! tu l’as lu ? ».
Laisser traîner un livre, c’est le faire vivre.
Le faire voyager partout pour prouver sa présence. Ici bas. Ici là, près du rouge à lèvres au fond d’un sac à main, dans le fouillis d’un sac à dos, entre une chemise et une petite culotte dans une valise, sur le siège arrière d’une bagnole, sur son tableau de bord, sur nos genoux dans un train, contre un hublot dans les nuages, en terrasse, dans la poche. Dans nos mains. Intriguer, interpeller « Tu ne connais pas cet écrivain ? ».
Je prône l’ode au désordre. Qu’il est bon de ne pas trouver de suite le titre recherché ! Fouiller pour le dénicher. Au risque de s’agacer un peu. En croiser d’autres en chemin. Dépoussiérer. Remuer. Se souvenir que oui, celui-ci aussi était une perle, se réveiller et se dire que non, celui-là, je n’ai l’ai encore lu. Faire défiler les pages sous le pouce, y enfouir son nez. Puis le changer de pile.
Car non, un livre n’est pas un simple objet. Pas juste un amoncellement de pages. Pas une futile succession de mots. Un livre est la concrétisation physique, la représentation palpable des pensées de son auteur. Miroir de son imaginaire, avec ses tumultes, ses délires, ses joies, ses peines, son cœur et son âme.
Le livre est un être vivant avec ses odeurs, sa texture, son épaisseur, son grain, ses couleurs. Un être vivant qu’il faut ouvrir pour le faire respirer, le laisser s’exprimer.
Un cadeau.
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