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Soudain ils resurgissent…

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Bonjour les Amis,

Depuis longtemps ils étaient tapis. Aujourd’hui ils resurgissent. Je vous les présente ce matin. Ces personnages, vous risquez de les retrouver de temps à autre sur le blog, au gré de mon inspiration et de vos réactions…

Tandis qu’ils passent à moto le long de la plage devant des terrasses de café, Agate les reconnaît immédiatement. Ces odeurs d’enfance, de vacances, de soleil, de beignets, de pralines. Elles la saisissent de façon impromptue. Sa mémoire fait tout à coup un grand bond en arrière. De trente ans environ. Assise à l’arrière de leur grosse cylindrée, elle enlace Sam qui pilote. Sourire aux lèvres, elle laisse errer ses yeux sur la mer d’un bleu profond et se souvient.

« Elle n’a pas huit ans. Papa a stationné la R16 le long de la route qui borde la plage. Le soleil déjà chaud fait froncer ses grands yeux marine ourlés de longs cils foncés et retrousser son nez couvert de taches de rousseur. Elle transpire un peu malgré sa légère robe turquoise fleurie à bretelles. Son épaisse frange châtain colle sur son front moite. De sa main libre elle tente de repousser ses cheveux. De l’autre elle s’efforce de ne pas lâcher sa nouvelle bouée bleue en forme de canard. Son grand cou est blanc et son bec orange. Elle a vu d’autres modèles dans le petit drugstore près de la plage, mais c’est celui-ci dont elle rêvait. Papa le lui a acheté. Il marche maintenant devant elle sur le petit chemin de sable. Chaque fois qu’il pose un pied à terre, de la poussière vole et se dépose entre ses orteils. Il porte une glacière bleue dans sa main gauche, un gonfleur sous le bras et un matelas gonflable sous son bras droit, au bout duquel s’accroche Gabin, son petit frère. Le garçonnet blond porte déjà sa petite bouée rouge autour de la taille. Maman leur emboîte le pas, chargée d’un petit parasol rayé marine et blanc, et d’un sac contenant les draps de plage. Elle a tout prévu pour passer une magnifique journée. Maman a le don d’organiser des sorties simples mais formidables. Du genre dont on se souvient même plus de trente ans plus tard.
La place idéale trouvée, celle sans trop de voisins, chacun dépose sa charge sur le sable. Ses parents aiment la tranquillité, ils ne supportent pas être agglutinés auprès d’inconnus. Ils ne supportent pas les odeurs de crème solaire mêlées à celles de transpiration de gros types rougis par le soleil. Ceux dont la sueur dégouline entre les poils drus d’une barbe trop épaisse. Ils tolèrent difficilement les ondes que crache un poste de radio mal réglé par celui qui ne manquerait les résultats sportifs à aucun prix. Même pour une journée en bord de mer avec ses marmots. Ces mêmes gamins qui jouent au ballon et le lancent constamment sur leur voisine aux seins nus tant ils sont peu adroits ou trop curieux. La malheureuse, indulgente au début puis vraiment mécontente, finit par s’allonger sur le ventre en rageant contre ces mômes qui vont l’empêcher d’avoir le décolleté bronzé de ses rêves. Pour éviter tous ces désagréments, la famille Lecœur investit la plage dès le matin. Elle a donc le loisir de s’installer au calme, tout au bout de la plage, près des rochers. Dans une petite crique. Gabin trépigne déjà d’impatience à l’idée de se jeter à l’eau. Papa s’évertue à pomper du pied gauche sur le gonfleur pour s’assurer que le matelas flottera bien. Maman étale les nattes au sol et abrite la glacière sous le parasol. De son côté Agate ôte ses espadrilles et jette sa robe en bouchon. Quelques instants plus tard la famille est prête pour la baignade. Les petits sont obligés de jeter les draps de bain devant eux tant le sable est brûlant et courir dessus, puis renouveler ainsi l’opération jusqu’au bord de l’eau pour préserver leurs plantes de pieds sensibles. Agate n’a qu’une idée en tête : Profiter au maximum de ce bain. L’eau est toute douce sur son corps. Comme une caresse. Elle adore nager mais elle doit avancer parallèle à la plage. Papa n’a de cesse de lui rappeler le danger.
-Agate, ne nage pas vers le large, compris ? C’est trop dangereux, si tu t’essouffles, nous ne serions pas capables d’aller te chercher.
-Oui, Papa, répond-elle en soupirant et levant imperceptiblement les yeux au ciel.
Pourtant elle aimerait tant voir la plage de plus en plus petite et lointaine. Les gens deviendraient minuscules. Comme des petits points. Est-ce qu’au large le silence est plus intense ? Sans doute n’y entendrait-elle plus les cris des enfants sur le sable, les voix des adultes qui parlent trop fort. Peut-être croiserait-t-elle un dauphin. Quand elle sera grande, elle sera une excellente nageuse, elle se le promet. Elle pourra ainsi aller vers l’interdit. Sans bouée canard. En attendant, le sel lui pique les yeux. Tant pis, ça lui est bien égal. Puis arrive le moment où il lui faut sortir de l’eau et se sécher pour manger les sandwiches préparés par Maman. Ensuite ses parents lui imposent comme à Gabin et d’attendre deux heures avant de se baigner.
-Le temps de la digestion, sans quoi, les enfants vous aurez mal au ventre. C’est dangereux.
Pourquoi ? Nul ne le sait vraiment, mais c’est ainsi. Rien ne peut faire déroger ses parents à cette règle, pas même leurs supplications. Pour passer le temps, ils jouent au badminton, puis Papa creuse des trous géants dans le sable et y enterre ses enfants. Seules leurs têtes dépassent du sol et les rires fusent de toutes parts faisant oublier la baignade pour quelque temps. Dans le ciel, un avion passe traînant derrière lui une longue banderole publicitaire. Un autre moment magique est celui du goûter plus tard dans l’après-midi. Un vendeur au teint hâlé, portant des lunettes de soleil, passe le long de l’eau, chargé de paniers et glacières remplis de friandises.
-Beignets, chichis, pralines, esquimaux ! hurle-t-il inlassablement.
L’odeur qu’il traîne derrière lui est celle du sucre un peu chaud. Celui qui enrobe les pralines collantes à la belle couleur caramel. Une odeur qu’adore Agate et dont elle se souviendra toujours. La famille Lecœur s’autorise ce petit extra sucré chaque après-midi. La fillette choisit le beignet aux pommes presque à chaque fois. Il arrive souvent que le sucre qui enrobe le biscuit se mélange avec le sable qu’elle a sur les doigts. Elle n’aime pas l’effet croustillant que cela produit sous ses dents. Ça grince. Elle grimace. Pourtant elle a fait attention. Elle a rincé ses mains à l’eau de mer avant de manger. Rien n’y fait, ce fichu sable s’incruste partout. Mais tant pis. Rien ne peut gâcher ce plaisir du beignet. Agate est une petite fille gourmande. Toujours curieuse de découvrir de nouveaux goûts. Sauf celui du sable… »

La moto ralentit son allure puis s’arrête. Sam pose les deux pieds sur le sol avec aplomb et coupe le contact. Agate descend, engourdie, la tête encore encore perchée dans ses souvenirs.

-On s’installe en terrasse ? lui propose-t-il en se passant la main dans ses cheveux indisciplinés par le port du casque.

-OK, mais promets moi d’abord une famille comme la mienne.

billet d'humeur

Grosse colère

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Bonsoir les Amis,

Je la vois. Je l’entends.

Elle est là, tout près, en face, autour, à côté de moi. Elle s’agite puis devient assourdissante. Rugissante. Tempétueuse. Elle crie. Menaçante. Hostile et effrayante. Elle est capricieuse et pas très complaisante ce soir. Elle pourrait même devenir dévastatrice. J’aime malgré tout quand elle gronde ainsi. Elle est en furie et tient à le faire savoir. Elle va encore faire des vagues ! Elle gonfle alors son corps . Elle devient blanche. Elle écume de rage. Elle est dans le feu de sa colère qui monte et monte encore. Tel un tourbillon. Puis elle déferle et retombe aussi vite qu’elle est arrivée. La lame se fracasse au sol et le calme revient. Elle chuchote alors. Jusqu’à la prochaine vague de fureur. Seule la mer est capable de se mettre dans cet état. 

Bonne soirée à tous.

 

 

 

 

Création

La course à pied : un état à part

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Depuis quelques mois je pratique modérément mais régulièrement la course à pied. Quelques kilomètres pour me détendre. Tant mon corps que ma tête et mon âme. Le premier se sent mieux, à la fois plus léger et plus fort, la seconde plus vide et la dernière plus riche. Du coup je me sens plus sereine.

En courant en bord de mer j’hume différentes sortes d’effluves. Certaines sont iodées, d’autres fleuries ou d’autres encore, plutôt sucrées. Elles pénètrent dans mon nez pour atteindre mon cerveau. J’aimerais pouvoir les consigner pour les sentir dès que je le désire. Comme quand on écoute un enregistrement ou qu’on regarde une photo. Les éléments sont alors figés et consultables à souhait. Pourquoi pas les odeurs ? Elles ne peuvent être que reconstituées par des parfums mais ce ne sont pas celles réellement perçues.

La lumière ensoleillée du jour fait tout juste son apparition. Elle commence à éclairer la mer encore d’huile de si bon matin. Elle y dépose des reflets jaunes flottant en surface. J’ai envie d’y plonger toute entière. Le léger vent tiède s’infiltre doucement dans mes cheveux. Il effleure mon visage. Mon corps est prêt pour l’effort. Il sourit, même. Au fur et à mesure de mon avancement, pour lutter contre la fatigue qui se fait sentir, mon cerveau se dissocie du reste de ce corps. Il fait abstraction de mes jambes en particulier. Ma tête ne raisonne plus. Elle se vide de toutes ses pensées comme on renverserait un verre d’eau. Les réflexions sortent par tous les pores, se déversent, coulent et se répandent derrière moi. Je les laisse sur place tandis que mes membres inférieurs continuent leur course. Ces jambes ne sont plus les miennes. Elles ne sont plus que deux instruments externes à mon anatomie qui se déroulent mécaniquement pour m’amener vers le point d’arrivée. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour pouvoir faire totale abstraction de la difficulté de l’effort éprouvée.

C’est seulement quand je suis parvenue au bout du parcours, que ma tête se remplit à nouveau de tout ce qui la constitue habituellement. A cela vient toujours s’ajouter un sentiment de satisfaction voire de fierté, d’avoir parcouru un peu plus de chemin que la fois précédente. Mes jambes se reconnectent alors au reste de mon corps et l’épuisement jaillit sans plus attendre. Je lui laisse libre cours car je sais qu’ensuite la plénitude prendra sa place.