Sous l’œil de Balzac…

Il est des jours où…

Quand mon Gps m’annonce qu’il ne me reste plus que trente kilomètres à parcourir et une heure pour arriver à destination, je commence à grogner. Mais quand il se rétracte un peu plus tard, s’excusant à peine pour fanfaronner que, finalement il me faudra quarante-cinq minutes pour arpenter les dix derniers kilomètres restants, je fulmine. Après déjà quatre heures sous la traditionnelle petite pluie normande (même si j’ai l’habitude !) et mon irruption dans les embouteillages parisiens au milieu des travaux partout, je sature un peu. Je pense qu’aucun des pavés de cette ville n’aura échappé à une remise en beauté. Quoi que le résultat n’est pas toujours visible !

Toujours est-il que dépitée, stoppée à un feu rouge, Bruce Springsteen fredonnant dans mon habitacle, mes yeux se figent discrètement sur la voie de droite réservée aux bus et aux taxis sur laquelle peu osent s’aventurer, alors que moi… je réalise l’opportunité. Elle me tente. J’observe la circulation, je jauge, un coup d’œil dans le rétro. J’hésite, j’y vais j’y vais pas. Pourquoi tant de tergiversations alors que je viens de piloter plus ou moins en règle sur l’Étoile – mon rond-point préféré soit dit en passant -. Tandis que je cogite, je regarde  sur ma gauche et là, je te vois. Toi. Balzac. Honoré de ton petit prénom. Tu me fixes avec gravité, assurance, et surtout un air féroce. Je suis saisie. Comme si tu reprenais vie devant moi. J’ose à peine plonger mes yeux dans les tiens, normalement fermés pour l’éternité depuis près de cent soixante-quinze ans ! Que fais-tu donc ici ? Présence insolite et improbable avenue de Friedland, 8ème, Paris, en ce 28 mai 2024…

Je t’entends me susurrer :

 – Non, non, non, patiente ma chérie. Tu n’as pas le droit de t’insérer dans cette voie. Ne commence pas ta « Comédie humaine ». Tu sais très bien que ce sont des « scènes parisiennes ». Tu m’as lu oui ou non ?

Je reprends mes esprits, avant de penser que je l’ai perdu totalement.

-C’est facile à dire, pour toi Honoré. Tu passes tes journées là, assis à ne rien faire. Et à ton époque, madame le maire n’avait pas encore sévi avec ses travaux partout, ses laisser-passer aux trottinettes et vélos à contresens ! Quant aux radars de feux, ils n’avaient pas encore vu le jour. Alors que pour moi, la moindre incartade et je suis cuite !

-Peu importe, écoute mes conseils.

-Pour répondre à ta question, oui je t’ai lu. Il y a si longtemps mais si peu…

Peau de chagrin, quoi…

-Je te laisse à tes Illusions perdues, je continue ma route pour me rendre à une expo “BD à tous les étages” au centre Pompidou. Parce que la littérature n’est pas incompatible avec la bande dessinée.

…/…

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