Matin à Cap Cod

Bonsoir les Amis,

Certains tableaux d’Edward Hopper se prêtent tout à fait à la situation mondiale actuelle. Le peintre du vide et de l’attente serait aujourd’hui on ne peut plus dans l’air du temps. La solitude des personnages qu’il représente souvent est palpable. Non seulement ils sont souvent seuls mais isolés en intérieur, comme ici dans ce tableau Matin à Cap Cod peint en 1950. Cette femme ici semble confinée. Allons donc ! Ne serions-nous pas les premiers ? C’est plutôt inspirant, non ?

Désespérée, elle attend. Elle attend depuis quelques jours déjà. Il n’est toujours pas rentré et une fois de plus le jour se lève sur Cap Cod. Son corps entier, tendu vers la lumière, crie son impatience et sa résignation à la fois. Son visage lui, cherche une forme de réconfort sous la tiédeur jaune des premiers rayons du soleil. Elle les laisse glisser sur son décolleté et ses bras nus. Ils réchauffent son corps froid et son cœur sec. Elle a pris soin d’enfiler une robe seyante à la couleur chaude et assortie à sa chevelure qui réhausse son teint pâle dû à trop de nuits sans sommeil. Qui sait ? S’il réapparaissait… Elle a noué ses cheveux soyeux sur sa nuque, pour les confiner, comme elle. Plus rien ne sera laissé au hasard, à l’air libre, jusqu’au bout des ongles. Cette contrainte lui a été imposée, elle l’accepte non sans mal, or elle n’a pas le choix.

Désormais elle ne peut plus sortir, s’éloigner de chez elle, prendre sa voiture, ni aller à sa rencontre. Même à pieds. Ou guère au-delà d’un kilomètre. Son seul lien avec l’extérieur est cette vue imprenable sur son jardin ouvert et ses hautes herbes aux couleurs chatoyantes – sépia et paille – de la fin d’été ; seulement bordé à gauche de grands arbres feuillus. Devant s’étale le terrain sans barrières ni limitations d’aucune sorte. Cette absence de frontière le mêle sans gêne à la plaine en contre-bas. La petite route sinueuse qui mène à la villa est visible depuis le bow-window or plus personne n’y passe plus. La jeune femme projette son regard au loin comme chaque jour, mais seul le vide et le néant lui font face. Pour combien de temps encore ? Devra-t-elle l’attendre longtemps encore ?

Ne pourra-t-il plus jamais revenir entre ces murs, entre ses bras ? Nul ne le sait.

L’inconnu est devenu pour elle comme pour tant d’autres, sa seule certitude en l’avenir, son seul compagnon.

 

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