Inspiration : composition et danse

Tu t’assoies face à moi dans un fauteuil, juste au bord, nus pieds sur le parquet miel, penché en avant, les coudes posés sur tes genoux et les mains croisées au-dessus du vide qu’encadrent tes longues jambes fines. Nous trinquons en échangeant des mots qui s’évaporent dans l’atmosphère ouatée. Je me laisse bercer par le moment et l’intimité qui nous lie. Un silence s’invite. Tu lèves alors vers moi ton visage anguleux qui s’est rétréci d’un coup tout en s’illuminant. Un contraste désarmant. Qui intrigue et affole délicieusement. Ton regard s’est teinté d’une imperceptible réserve tout en se posant sur ma bouche. Je ne te quitte pas des yeux. Sans doute pour te donner une contenance, tu portes ton verre à tes lèvres. Je t’imite sans un mot.

Tu fissures alors notre mutisme en m’annonçant avoir composé une chanson pour moi. Sur ma sensualité singulière que tu as décelée dès notre rencontre. Celle dont je n’ai pas conscience. Et c’est précisément ce que tu trouves très beau. Cette forme de candeur dans mes gestes, mes attitudes. Je vacille. Tu confies être attendri par ma pudeur parfois excitante, par ma soif d’abandon dissimulée derrière des désirs inavoués. Je t’observe sans mot dire. Tu me les as ôtés. Je lis en toi l’impatience douloureusement camouflée de connaître ma réaction. Tes yeux brillants se fondent dans les miens. Quand je retrouve ma lucidité, je me lève et d’un ton résolu rendu rauque par mon trouble, te dis : “Montre-moi.” Les secondes suivantes prennent un goût d’éternité…

Dans un geste lent et charnel, tu t’empares de ta guitare et la colles contre toi. Je me suis reculée pour m’appuyer contre le mur. Prête à écouter couler ta musique et tes mots. Tes doigts frôlent les cordes et laissent échapper les premières notes d’une grande pureté. Ta voix se pose avec ampleur et limpidité. Je m’en imprègne. Elle m’inonde. Me pénètre.

Je pleure.

Dès le dernier accord, d’une infime oscillation du menton, je te demande de rejouer. Puis dans une impulsion passionnée, une hardiesse qui me dépasse, je me déchausse et avance vers toi. Yeux clos, je tournoie sur la pointe de mes pieds nus. La mélodie glisse en moi. Elle démarre en douceur, comme une caresse qui se veut de plus en plus curieuse. Une caresse qui me fait frémir. J’ondule d’abord doucement au rythme de tes mots, les mains au-dessus de ma tête puis le long de mes hanches, dans une danse sensuelle. Mon corps n’est plus que musique et volupté.

Je me sens belle. Libérée.

D’un battement de cils tu chatouilles mon sourire et le transformes en éclat. Cristallin. Tu y juxtaposes ta voix. Les dernières notes fondent. Ebahie par mon impétuosité, je reste figée, là, au milieu du salon. J’y suis sans y être. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie vivante. Moi-même. Femme.

Je lis dans tes pupilles une intensité grave et absolue, d’une beauté rare. Une admiration mâtinée de désir. Je perçois ton souffle retenu. Tu te redresses, t’approches de moi dans un mouvement aérien, glisses tes mains autour de ma nuque et délicatement, tu embrasses chacune de mes paupières.

En moi, une déferlante. Tu stoppes et tu m’observe un instant pour obtenir mon assentiment et nos lèvres se rencontrent pour la première fois.

Je te rends ton baiser que tu cueilles avec un plaisir depuis trop longtemps contenu. 

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