
Un stupide accident de vélo.
Henri-Lazare.
Un homme physiquement cabossé, une gueule déglinguée.
Un homme raillé par tous, rejeté par son épouse.
L’homme humilié.
Silencieux et brave.
Mais aussi un homme profondément aimé par son fils.
Lui, un homme avant l’heure.
Et pourtant.
Un homme jamais devenu adulte.
Pour toute transmission, la passion du vélo, comme fil rouge entre leurs vies.
Pierre veille sur son père diminué « comme le lait sur le feu », aurait aimé à dire Henri. Pierre aime pour deux, pour lui et sa mère qui ne voit en son homme qu’une chose méprisable. Toute sa vie elle n’aura de cesse de siffler, de sa bouche haineuse, « Tu me fais honte ».
Il aura fallu des décennies à Pierre Vavasseur pour réaliser que le père disparu est omniprésent. Autant de temps pour affronter les mots qu’il laisse enfin s’échapper.
Des mots qui raccommodent une image et dépeignent une réalité. Celle d’un monde dans lequel il est difficile de ne pas être jugé sur son apparence.
Des mots qui crient des souvenirs tendres, d’autres qui taisent l’amertume.
Des mots qui exhument une silencieuse complicité.
Des mots qui rassemblent des fragments d’un amour pudique entre père et fils.
Des mots qui m’ont bouleversée, moi, lectrice.
J’aurais aimé rencontrer Henri-Lazare à l’âme sage et douce. Cet homme attendrissant.
“A ces égards, je te reconnais en lui cher Pierre, et sur ton vélo “Parisien” aussi… J’ai aimé ce point que tu développes si bien et qui m’intrigue depuis longtemps. Ce point de basculement. Entre un parent et son enfant. Ce moment où l’un devient l’autre et l’autre endosse le rôle de l’un. Qui est qui ? Comment conserver sa place d’enfant quand la vie amoindrit celui qui doit nous guider, nous protéger, nous élever ? Comment continuer à admirer l’abîmé ? Car dans l’amour, l’admiration est essentielle. Des réflexions qui chamboulent et agitent nos cœurs parfois binaires.”
Empreint de poésie, ce récit vibrant présente de nombreuses fulgurances pour rendre la dignité à l’homme humilié. Pour dire aussi qu’être brisé n’empêche pas la pureté.
Je vous souhaite une très belle lecture, chers Amis.
Pierre Vavasseur est poète, écrivain et journaliste au Parisien.
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