Les choses humaines : magistral et puissant !

TUIL 3

Bonjour les Amis,

Magistral !

Il est des livres dont on se souvient et d’autres qu’on oublie sitôt fermée la dernière page. Des livres qui sont plus un coup de foudre qu’un coup de cœur. Voilà ce que j’éprouve à la lecture du dernier ouvrage commis par Karine Tuil. Avec Les choses humaines, Karine Tuil signe une pépite sur la culture du viol et du consentement.

En deux mots, Alexandre Farel, vingt-et-un ans, brillant étudiant à Stanford en Californie, fils d’un journaliste politique extrêmement connu et médiatisé et d’une mère essayiste engagée dans la cause féministe, est accusé de viol. Une véritable déflagration dans cette famille influente, dans la lumière, en apparence bien sous tout rapport.

Ce récit est écrit sans parti-pris, sans jugement, sous le prisme de la victime comme de l’agresseur. On assiste successivement à la douleur de la victime, la tentative de défense de l’accusé mais aussi au dilemme terrible de la mère d’Alexandre. Ce bouleversement qu’engendre pour elle cette accusation de viol sur son fils alors qu’elle se bat au quotidien contre ce fléau. La fragilité des êtres, leur descente aux enfers sont brillamment exprimés. Ce roman mène à diverses réflexions. Tant sur la condition de la femme de nos jours et quel que soit son âge, via différents personnages (de 18 à 70 ans), que sur la violence au sens large. La violence sexuelle, mais aussi celle liée au réseaux sociaux, à l’exhibition permanente, à la pression continuelle de la société, au pouvoir. Il donne aussi à s’interroger sur le basculement que chacun d’entre nous peut vivre à tout moment dans sa vie.

La première partie du livre est consacrée aux personnages avec des descriptions précises et une présentation fouillée, dense et riche de leurs vies, leurs personnalités, l’environnement dans lequel ils évoluent, leurs origines, leurs modes de fonctionnement. Sans oublier leurs failles. Avant d’entrer au cœur de l’intrigue, j’ai eu le sentiment de les connaître quasiment parfaitement. Rien n’est superflu, chaque détail contribue à la compréhension de leur nature propre. (Comme dans Les guerres intérieures de Valérie Tuong Cuong dont je vous ai parlé récemment). Cette manière d’amener chacun des personnages sur le devant de la scène, relève, je trouve, d’une grande finesse d’écriture et d’une longue expérience. Karine Tuil ne pose pas là ses protagonistes au hasard. Ils ont été tant réfléchis, mûris, décryptés qu’ils en deviennent non seulement crédibles mais véritables. Ils sont nés face à moi. J’étais auprès d’eux.

Quant à la seconde partie du livre, elle est essentiellement dédiée à la préparation du procès aux Assises et au déroulé du procès en lui-même. Rares sont les ouvrages axés sur cette partie. Tout y est absolument réaliste. Je me suis vue dans ce tribunal. Les mots employés peuvent déranger les esprits non préparés à cette lecture. Cependant, il n’y a pas de vulgarité, juste une exactitude, une grande précision verbale. L’heure n’est pas aux figures de style de type métaphore ou allégorie. Dans ces murs, on appelle un chat un chat, avec menus détails explicitement exprimés, sans ambiguïté aucune, les questions sont posées à de multiples reprises et sous des formes variées afin de s’assurer que les réponses sont belles et bien claires et sans équivoque. Il faut savoir que les échanges sont de cet ordre tant dans les commissariats lors du dépôt de plainte, que face aux avocats, puis lors des auditions à la barre. C’est le moment le plus difficile pour la victime qui est totalement mise à nu. Cette solitude ressentie sous le regard de l’agresseur, sous celui des proches présents, cette honte à relater les faits, cette douleur à revivre la scène, sont ignobles et intolérables. Dire c’est revivre. Dire nécessite donc une sacrée force que nul ne peut estimer. Sans cette force, cette capacité à tout révéler, rien ne changera jamais, l’impunité continuera à gouverner. Seuls 10% des viols font l’objet de dépôt de plainte, et 2% d’entre eux seulement parviennent à être jugés comme ils se doit pour les crimes, en cour d’Assises. À peine une goutte d’eau. C’est dire la manipulation et l’emprise des agresseurs qui mènent à l’effroi et la sidération des victimes pour qu’ensuite elles n’osent pas parler. 

Inspiré d’un fait réel, celui du violeur de Stanford (Brock Turner) qui a fait la Une en 2015 et à nouveau ces jours-ci, ce roman est absolument contemporain avec des références très actuelles comme #MeToo ou l’affaire Weinstein. Ce roman est vivement intelligent et utile. Une publication en plein grenelle sur les violences faites aux femmes (au sens large) ne devrait avoir que des répercussions fortes. Il semble que le regard sur les relations homme/femme soit déjà en cours de mutation cependant le chemin est encore long pour un respect total du corps féminin. À l’instant précis où je rédige cette chronique, je vois que la Police Nationale lance un appel à témoins dans l’affaire Epstein, lui aussi accusé de viols et agressions sexuelles. Le combat n’est pas terminé ! Il donne même de plus en plus envie d’y participer.

Je souhaite longue vie à ce titre qui est déjà en lice pour les prix Goncourt et Femina 2019. En 2016, Karine Tuil avait remporté le Prix Landerneau des Lecteurs avec L’insouciance. Pour ceux d’entre vous qui souhaitent découvrir davantage l’auteure et son livre, elle sera invitée ce soir dans La Grande Librairie sur France 5.

Très belle lecture chers Amis.

https://www.culture.leclerc/livre-u/litterature-u/romans-u/litterature-francaise-u/les-choses-humaines-9782072729331-pr

En ebook :

https://e-librairie.e-leclerc.com/search?words=les+choses+humaines

Voici quelques liens sur ce même thème.

https://www.culture.leclerc/livre-u/savoirs-u/medecine–paramedical-u/sante-publique—hopital-u/non-consentante–viol-et-recidive-le-temoignage-qui-ose-9782212549621-pr

https://e-librairie.e-leclerc.com/ebook/9782212003185/non-consentante-vio-et-recidive-le-temoignage-qui-ose-celine-robert

La victime du violeur Brock Turner raconte son histoire

 

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