La fille que ma mère imaginait : jubilatoire et grinçant

Coup de cœur !

Derrière un esprit drôle et mordant, un regard observateur. Un regard posé sur la place de la narratrice dans sa vie d’épouse, de mère, de fille. Celle de son identité derrière son statut de femme De. Femme d’expatrié qui ne travaille plus – en dehors de son foyer. Celle de sa place dans la société. 

Résumé :

“Tous les trois ans, c’est la même histoire. Se coltiner la fête de départ, le déménagement, et de nouveaux cheveux blancs. Accepter la destination (Taipei !?) Rencontrer les autres « conjointes suiveuses » au café du lycée français, débattre de sujets cruciaux – les salons de jardin, le yoga. S’inscrire aux cours de mandarin, puis abandonner. Arrêter la cigarette, reprendre le lendemain. Dans son journal intime, la narratrice consigne son quotidien confortable et futile d’expatriée, quand sa mère a un accident. Alors contrainte de rentrer en France, elle y raconte leurs origines modestes, le décès de son père lorsqu’elle était enfant, le décalage entre deux milieux. Et tire à bout portant sur la sentence : « Si on veut, on peut. »

L’humour n’empêche pas une certaine fragilité, des doutes, un manque de confiance voire d’estime de soi. Il les planque.

Comme quand à la question d’une vague relation sociale : ”ça va ?” on dégaine le sourire approbateur pour éviter de lâcher le “qu’est-ce que ça peut te foutre ?” Faire semblant et se sentir imposteur devient alors une façon d’être, une seconde peau. Voici donc le ton du livre. Une manière de s’exprimer aux tonalités grinçantes qui m’amuse beaucoup et résonne en moi. 

Extrait :

“Je déteste le collectif, ça me rend paranoïaque. J’ai l’impression que tout le monde peut lire sur mon front que je suis une supercherie. J’ai le complexe de l’imposteur. Je suis un Canada dry…/…Canada dry ça ressemble à de l’alcool, c’est doré comme l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool.”

La clairvoyance qu’Isabelle Boissard porte sur sa vie d’expatriée est à la fois comique et touchante. A chaque page j’ai souri,  j’ai ri, je me suis parfois entendue parler à sa place, j’ai compatis, partagé. Je me suis reconnue. Pas dans cette vie mais dans sa façon de penser, de parler, de percevoir les évènements et les autres. De s’absenter du monde tout en s’y fondant. D’imaginer, et interpréter.

Si elle était comédienne, elle excellerait au théâtre, si elle était dessinatrice, elle croquerait à merveille sa caricature, mais puisqu’elle écrit, elle nous balance ses mots persiflants et cocasses qui, empilés les uns sur les autres, constituent cette narratrice. Ceux qui font d’elle cette femme à l’autodérision infaillible et jubilatoire. Finalement, elle est peut-être toutes ces femmes à la fois. Et certainement beaucoup d’autres.

J’adorerais l’écouter répondre au questionnaire de Proust sur sa personnalité ou l’entendre me dresser son propre portrait chinois. Je suis certaine que les réponses seraient d’une véracité indéniable.

Isabelle Boissard s’octroie une liberté de ton totalement dénuée de questionnement sur le jugement. C’est en partie ce qui rend ce livre si profond, si véritable. Ou si crainte de représailles il y a, elle l’a enfouie tout au fond, loin derrière ses tripes.

Elle semble dire tout haut ce que souvent je pense tout bas. Un livre qui me touche, oserais-je dire qui me ressemble un peu ? En tout cas, un livre me donne envie d’écrire.

Belle découverte chers Amis. 

ebook :

version papier : 

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